Construite en 1867, en plein essor britannique sur la Riviera, l’église anglicane St John’s Church témoigne d’une époque où les Anglais venaient séjourner chaque hiver à Menton. Style néogothique, clocher effondré, fresques préraphaélites, tombe de l’inventeur du rugby… L’édifice regorge d’anecdotes !
Pour David Rousseau, chef de projet « Ville d’art et d’histoire », St John’s Church raconte à elle seule l’âge d’or britannique de Menton.
À partir du XIXe siècle, les Anglais fuient l’hiver et s’installent sur la Côte d’Azur de septembre à avril. « Il fallait qu’ils aient toutes les commodités, comme s’ils étaient chez eux » raconte-t-il à Menton-Presse. « Logements, loisirs, lieux de culte. La ville a fini par s’adapter. »
Un style néogothique qui ne passe pas inaperçu
Après la chute de l’Empire français et le retour des Grimaldi en 1814, les Britanniques reprennent leurs habitudes sur le continent. Lady Blessington séjourne à Menton en 1823. Puis, dans les années 1830, l’ophtalmologiste Charles Nayler contribue à renforcer ce courant hivernal.
La colonie britannique progresse au point de justifier la construction de plusieurs édifices religieux. Christ Church à Garavan (1860-1861), l’église presbytérienne écossaise rue de la République (1890), et la Saint John’s Church, édifiée en 1867 à l’angle des avenues de Verdun et Carnot.

« Contrairement à Christ Church, Saint John adopte le style en vogue de l’époque : le néogothique. » Terminée en 1868 sous l’égide du révérend William Barber, originaire de Leicester, elle est entourée d’une grille élégante le long de la route impériale n°7.
À l’intérieur, les murs de l’abside sont « décorés de marbre et de mosaïques à l’italienne dans un esprit préraphaélite. » La base de l’autel en bois représente les disciples d’Emmaüs et la Cène.
Un ancien pasteur inventeur du rugby
« Le clocher élancé, recouvert d’ardoise, n’a pas survécu au tremblement de terre de 1887 » rappelle David Rousseau. « Il s’est effondré et n’a jamais été reconstruit. » L’édifice, lui, a traversé les décennies.
Entièrement rénové ces dernières années, il reste fréquenté par la communauté anglicane. Des offices sont toujours célébrés le dimanche. Une programmation culturelle, notamment des concerts de jazz, y est également organisée. « Une souscription privée a même été lancée pour accompagner les travaux. »


Mais l’anecdote la plus étonnante est ailleurs. William Webb Ellis, figure associée à la naissance du rugby - « celui qui, selon la légende, aurait pris le ballon à la main avant de courir vers l’en-but » - a fini sa vie à Menton. Il a exercé comme pasteur dans la cité et repose aujourd’hui au cimetière du Vieux-Château.
À chaque Coupe du monde, l’International Rugby Board vient y déposer une gerbe. Lors de la dernière édition organisée en France, le trophée a même été exposé à Menton, rappelant que derrière cette église étonnante se cache un lien intime entre la Riviera et l’histoire de l’ovalie.










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