[AFP] Au surlen­demain d'élections légis­la­tives décevantes, le Rassemblement national de Jordan Bardella a entamé son intros­pection et désigné un premier respon­sable : son directeur général, Gilles Pennelle, mis en cause pour des inves­ti­tures données à des candidats douteux, et dont la démission a été accueillie avec satisfaction.

Lundi, avant de se rendre à une réunion avec les respon­sables de son parti, Jordan Bardella a exprimé un premier mea culpa - "On commet toujours des erreurs, j'en ai commises" - et assumé sa "part de respon­sa­bilité" dans "la défaite" du RN aux législatives.

Mais celui qui rêvait de Matignon a surtout pointé "l'investiture d'un certain nombre de candidats" qui "ne répon­daient pas à la ligne politique": "clairement, sur quelques circons­crip­tions, les choix que nous avons faits n'étaient pas les bons".

Message reçu par le directeur général du parti, Gilles Pennelle : il a remis sa démission dans la foulée, sans que personne ne cherche à le retenir.

Si la récente élection de l'intéressé au Parlement européen a été mise en avant pour justifier la décision, suppo­sément anticipée de longue date, personne n'est dupe : celui qui chapeautait l'ensemble des délégués dépar­te­mentaux, eux-​mêmes chargés de proposer des candidats dans leurs terri­toires, paie ce qui est apparu comme de l'amateurisme, voire de l'incompétence.

Gilles Pennelle, 61 ans, était pourtant un histo­rique du parti à la flamme, qu'il avait rejoint dès 1987. Il avait toutefois toujours été perçu avec méfiance par l'appareil lepéniste, tant pour avoir suivi en son temps Bruno Mégret ou appartenu au groupuscule néo-​païen identi­taire "Terre et paix".

Candidat malheureux à plusieurs élections canto­nales, légis­la­tives, sénato­riales ou européennes, il avait finalement été nommé en 2023 à ce poste de super-​intendant du RN par le nouveau président du parti, Jordan Bardella.

- Coquille vide -

Depuis un an et demi, M. Pennelle ne manquait jamais une occasion de vanter le "Plan Matignon" qu'il avait mis en place en cas de légis­la­tives anticipées. "Il suffira d'appuyer sur le bouton", assurait-​il, quand d'autres cadres lepénistes juraient par ailleurs que "des tas de gens de grande qualité font acte de candidature".

La réalité s'est révélée moins flatteuse, avec des dizaines de candidats sulfureux, aux propos racistes, antisé­mites ou complo­tistes sur les réseaux sociaux.

"Quelqu'un doit porter la respon­sa­bilité", relève un haut cadre dirigeant du parti, tout en recon­naissant que l'incitation à la démission de M. Pennelle "a peut-​être été un peu ingrate".

D'autant, selon le même, que "le Plan Matignon se concen­trait sur les circons­crip­tions où il y avait une chance de victoire, c'est-à-dire celles où l'on avait fait plus de 40% au deuxième tour en 2022".

Parmi les rares élus issus de la liste noire, seul Daniel Grenon ne devrait pas siéger au sein du groupe RN à l'Assemblée - il avait estimé qu'un "Maghrébin binational" n'a pas "sa place dans les hauts-​lieux" -, les autres néo-​députés aux sorties litigieuses semblant avoir été absous.

"On a pris 24 heures pour faire notre autofla­gel­lation, très bien, maintenant j'aimerais qu'on passe à autre chose", justifie un député RN, alors que Marine Le Pen avait appelé lundi sur le réseau social X à "faire le bilan de ce qui peut être, incon­tes­ta­blement, amélioré dans l'avenir".

Le maire de Perpignan, Louis Aliot, avait pour sa part réclamé "un examen de conscience" dès lundi matin sur RTL.

Car ces problèmes de candi­da­tures illus­trent la question plus vaste de la "profes­sion­na­li­sation" du parti et son "implan­tation locale", pour lesquels Jordan Bardella a réclamé "des efforts".

Ce chantier devait être pris à bout de bras l'année dernière avec le lancement du "Campus Héméra", un ambitieux programme de formation de cadres et de militants qui s'est en fait révélé une coquille presque vide, nourrie d'à peine quelques vidéos sur un site internet.

Si M. Pennelle était chargé de la formation du parti, le projet était également piloté par Jérôme Sainte-​Marie, un ancien sondeur qui conseille le parti depuis quelques années.

Déjà contesté en interne - sa théori­sation de l'opposition entre "bloc populaire" et "bloc élitaire" était raillée par certains proches de Jordan Bardella -, son étoile a encore davantage pâli dimanche dernier après qu'il s'est incliné dans la première circons­cription des Hautes-Alpes.

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