Comment le confi­nement s'est déroulé dans les quartiers précaires de l'est et de l'ouest niçois, entre élans de solidarité, forte précarité et incidents ponctuels avec la police

CRISE SANITAIRE — "Confinement, violences et haine anti-​flics dans les banlieues" pouvait-​on lire à la une de "Valeurs actuelles" la semaine dernière. Alors que l'hebdomadaire titrait "Comment les banlieues font leur loi", Éric Revel (Azur TV) dénonçait le 20 avril des "petits groupes d’individus [qui] tentent de mettre le feu aux poudres dans les banlieues."

Faisant écho aux incidents de Villeneuve-​la-​Garenne, l'édito­ria­liste invité sur CNews évoquait le non-​respect du confi­nement dans certains quartiers chauds.

Valeurs actuelles cités banlieues confinement
Visuel : Rivieractu

En plus de la banlieue parisienne, à Nice aussi des incidents ont eu lieu ces derniers jours. Une vidéo publiée par Marine Le Pen ce dimanche 10 mai montre des policiers se faisant caillasser dans un quartier sensible de Nice, les Moulins.

 

"Cette période va mettre en exergue des problèmes qui existent depuis longtemps" relève Fouzia Ayoub, qui a vécu trente ans aux Moulins. Toujours en contact régulier avec les habitants de son ancien quartier, la secré­taire générale du groupe "Un autre avenir pour Nice" (gauche) à la mairie et à la métropole Nice Côte d'Azur constate que cette période de confi­nement pourrait mettre en avant des aspects souvent négligés.

"Plus l'espace dans lequel on vit est petit, plus le confi­nement est compliqué à vivre." rappelle-​t-​elle. "Et dans ces quartiers, très souvent, il y a des familles avec trois ou quatre enfants dans des tout petits appartements."

"La promis­cuité est difficile, les moments d'évasion dehors sont peut-​être plus nombreux dans ces parties de la ville"

Le confi­nement n'est donc pas toujours respecté : "Les familles descendent avec les enfants en bas des immeubles, ils jouent tous ensemble."

Nice quartiers
Photo : Hadrien Acaldi pour Rivieractu (Illustration)

"Il y a énormément de monde à l’extérieur" raconte Moumia Monfardino, une habitante des Moulins.

"Depuis que le soleil est sorti, plus personne ne respecte rien ici." Mais ce constat n'est, pour Fouzia Ayoub, pas spéci­fique aux quartiers : "Des petits groupes se retrouvent pendant le confi­nement, on en voit de plus en plus partout."

Des problèmes de logement

Ces derniers temps, la colla­bo­ra­trice de Patrick Allemand reçoit de nombreux mails de "personnes qui sont en diffi­culté pour payer leur loyers dans les quartiers niçois les plus démunis."

Une dure réalité que raconte aussi une habitante des Liserons qui préfère rester anonyme : "Je suis à découvert en ce moment, je ne sais pas si je vais réussir à payer mon loyer ce mois-​ci."

Dans une situation finan­cière compliquée, cette maman d'une ado de 15 ans déplore l'attitude des bailleurs sociaux. "Ils s'en foutent de nous. On a des logements avec des champi­gnons dans les murs, il faut attendre des mois pour remettre de la lumière dans les couloirs…" 

"En fait, on se sent clairement délaissés ici"

"Dans ces quartiers, il y a pas mal de petits boulots au 'black'. Certains se retrouvent sans revenus en ce moment." explique Fouzia Ayoub.

"On voit aussi une surpo­pu­lation des logements sociaux car les dossiers des riverains ne sont pas bien traités, les compo­si­tions familiales ne corres­pondent souvent pas aux volumes des appar­te­ments de chacun…" regrette-​t-​elle encore.

De la solidarité, comme toujours

Si le confi­nement a été pour certains l'occasion de s'unir et de s'entraider, dans ces quartiers populaires la fraternité existait déjà avant.

"La solidarité est beaucoup plus impor­tante ici car il y a une souffrance commune, des problèmes en commun" analyse Fouzia Ayoub

De nombreuses associa­tions viennent en aide aux plus démunis, à l'image de Galice aux Liserons ou de Partage ton talent aux Moulins. "C'est un jeune qui fait beaucoup de choses avec son association, pour les Moulins, l'Ariane, il donne des colis alimen­taires."

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Association Paje. Photo : DR

Avec des activités allant de l'aide aux devoirs aux coups de main adminis­tratifs, l'association ADAM propose aussi, en temps normal, une épicerie sociale et solidaire.

"Nous avons distribué plus de 420 colis d’urgence à chaque bénéfi­ciaire, d’une valeur de 45 et 55 euros par colis."

"Nous avons livré plus de 3.000 plats cuisinés par la cuisine centrale de Nice aux seniors vulné­rables sans aide à domicile. Nous avons aussi avec des dons solidaires pu livrer des colis d’hygiène. Et pour le soutien scolaire, on suit toujours les enfants" explique Karim Ben Ahmed, directeur de l'association et co-​listier de Christian Estrosi pour l'élection municipale de 2020.

Aux Liserons aussi, l'aide entre voisins est, depuis longtemps déjà, une habitude. "Il y a toujours quelqu'un qui vient m'aider pour monter les courses, on se connaît tous ici", assure une habitante de l'impasse.

Le soutien du Centre communal d'action sociale de Nice (CCAS), dont le budget a signi­fi­ca­ti­vement été augmenté pendant la crise, est également très présent.

"Pas de violences supplémentaires"

Infirmière libérale dans ce même quartier, Yamina Ghaouas est au contact direct avec des patients "âgés, mais pas que."

D'après elle, l'état d'esprit est complexe, "les gens ont très peur du virus ici mais ils sortent, se regroupent. Beaucoup me demandent du gel, des masques, des gants car ils sont effrayés mais ils ne respectent pas tous les consignes…"

La violence n'est, elle, pas plus présente. "On aurait pu penser que les gens allaient menta­lement être à bout et perdre leurs nerfs, mais dans la rue ce n'est pas le cas" raconte une habitante de l'impasse.

 "En tant de confi­nement, pourtant, tout est exacerbé."

Pour Fouzia Ayoub, cette période aurait pu accroître de nombreuses choses "y compris la violence, étant donné que tout le monde est un peu sur la défensive. Mais il n'y en a pas eu plus en ce moment dans les quartiers."

Un déconfinement qui effraie

"J'appréhende le 11 mai car le virus sera toujours là" remarque l'infirmière des Liserons.

Mais le problème sanitaire n'est pas le seul aspect qui effraie profes­sionnels et riverains. Comme l'anticipe Fouzia Ayoub, "dans ces quartiers, il va y avoir beaucoup de chômage après le confi­nement. Et de nombreuses factures vont tomber, ça va faire très mal à certains."

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