La mairie de Nice communique sur un projet de jumelage entre la ville et Samarcande, dont le patrimoine exceptionnel, au carrefour des cultures, est salué par l’UNESCO. Sauf que la cité est la vitrine de l’Ouzbékistan, un État dont la brutalité est dénoncée par le Quai d’Orsay comme par les Nations Unies. De la gauche à la droite, l’ensemble des formations politiques niçoises dénoncent la décision portée par Christian Estrosi, et appellent à y renoncer clairement.
- Mise à jour - Suite à cet article, le député UDR Eric Ciotti a également pris position, appelant la mairie à « renoncer immédiatement à ce projet pour ne pas associer Nice à une dictature »
- Mise à jour - « Les droits des chrétiens y sont bafoués » : l’Eglise protestante condamne à son tour un jumelage Nice-Samarcande, et appelle à défendre « valeur et dignité »
Un pays largement dénoncé pour la situation des Droits de l’homme
Les Affaires touristiques ouzbeks font très bien leur travail. Avec Samarcande, l’ancienne république soviétique ferait presque rêver, malgré son classement gênant dans l’Indice de la démocratie, 148e sur 167. Entre la Chine et l’Arabie saoudite, c’est vous dire. Toujours est-il que le patrimoine unique du pays attire les voyageurs. Qui doivent redoubler de vigilance sur place, souligne bien le Ministère français des affaires étrangères !
Comme nous l’évoquions vendredi, si vous avez un amoureux du même sexe, gardez cela pour vous : « L’homosexualité masculine est prohibée et passible de trois ans d’emprisonnement en vertu de l’article 120 du code pénal. Il est donc recommandé de se montrer prudent dans son comportement public » alerte le Quai d’Orsay.
Dans une synthèse plus détaillée et datée de 2023, Amnesty International s’inquiétait, plus globalement, de la situation de la liberté d’expression, de l’équité des procès ou encore d’un usage de la torture. Le Haut-commissariat des Nations Unies s’est lui-même ému de la situation.
Le Monde rappelle que « des ONG ont critiqué la répression de rares manifestations contre un amendement constitutionnel en juillet 2022 dans le Nord du pays, ayant fait vingt et un morts, selon le bilan officiel ».
La mairie de Nice compte établir un jumelage
Le 15 mars, Christian Estrosi et son équipe recevaient à l’Hôtel de Ville une délégation. Selon le communiqué niçois, Oybek Khamraev et Jamshid Khaydarov, les vice-gouverneurs de la région, étaient présents.
Les deux collectivités ont pu exprimer le souhait de développer « une coopération accrue. Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions entre les grandes puissances, cette initiative s’inscrit dans une volonté de renforcer le dialogue entre nos deux pays à travers des échanges locaux et culturels. »
Parmi les domaines concernés, l’économie, le commerce, la culture, le tourisme, l’éducation et l’industrie. Christian Estrosi affirmait d’ailleurs que les deux communes avaient « beaucoup à apprendre l’une de l’autre, notamment en matière touristique, économique et universitaire, sans oublier les questions de transition écologique. »
Toutes les formations politiques se disent outrées
Après le premier article de Nice-Presse le 18 avril, l’ensemble des formations politiques ont souhaité réagir — de partis de gauche jusqu’au Rassemblement national — toutes dénoncent un jumelage indigne.
« Une fâcheuse tendance à se rapprocher de pays qui s’en prennent aux Droits des femmes !»
« Tout cela renvoie Nice à son histoire » estime Patrick Allemand, pour le Parti socialiste. « En 1974, le maire Jacques Médecin jumelait Nice avec Le Cap en plein apartheid. 50 ans plus tard, l’histoire bégaie. Le Quai d’Orsay met en garde à propos de Samarcande. L’homosexualité masculine est interdite et est passible de 3 ans d’emprisonnement. Plus globalement, les libertés publiques sont menacées. »
« Nous appelons le maire et sa majorité à renoncer à ce jumelage honteux »
L’association Tous Citoyens - via son président, David Nakache - dresse le même parallèle. « En 2025, Christian Estrosi (prend cette décision) alors que les Droits de l’homme sont bafoués. Les persécutions contre les opposants politiques et les personnes homosexuelles y sont avérées. La politique étrangère des villes françaises doit être un outil de promotion et de défense des valeurs de paix, de démocratie, de liberté, de respect des droits individuels et collectifs, et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. »
« Nous ne devons pas sacrifier les valeurs de la République française pour des intérêts économiques. Nous appelons le maire et sa majorité à renoncer à ce jumelage honteux. »
Les élus Écologistes de la Ville et de la Métropole : « L’Ouzbékistan est une dictature. Un jumelage est un outil de diplomatie populaire : il doit servir à promouvoir nos valeurs de tolérance et de liberté. S’il ne sert qu’à accroître le tourisme et les échanges économiques, ce sera une honte. »
Benoît Kandel, responsable du Rassemblement national à Nice et ancien premier adjoint au maire : « Sans doute aveuglé par son écologisme militant, récent mais virulent, il oublie que l’Ouzbékistan est un gros acteur du gaz, du pétrole et du charbon et que ce pays reste très éloigné des standards ordinairement associés au développement durable. Cette annonce de jumelage n’a aucun contenu politique. »
« Le maire de Nice passe sous silence les nombreuses atteintes aux Droits de l’Homme, à la liberté de religion, à la liberté d’expression et de manifestation ainsi que les accusations de pratiques de la torture portées par de nombreuses organisations internationales et plusieurs ONG contre ce pays ».
Toujours au RN, le conseiller régional Laurent Merengone est tout aussi indigné : « après avoir décoré l’ambassadeur du Qatar de l’Aigle d’or, notre Légion d’honneur niçoise, voilà que le maire s’engage dans un tel jumelage. Une fâcheuse tendance à se rapprocher de pays qui s’en prennent aux Droits des femmes !»





Bah. On a toujours les drapeaux israéliens accrochés ad vitam à la façade de la mairie.
Un peu plus un peu moins, on est plus à ça près.
Un pays où les femmes sont confrontées à des restrictions en matière d’éducation et de travail avec des traditions conservatrice.
Vous perdez la tête, Monsieur Estrosi