Maire de La Trinité depuis 2020, Ladislas Polski est une figure politique atypique dans les Alpes-Maritimes. Ce « républicain exigeant », comme il se décrit lui-même, est l’un des rares maires de gauche du pays niçois.
À moins d’un an des élections municipales, Ladislas Polski a échangé avec Nice-Presse Dimanche sur les grands dossiers de sa ville : finances, sécurité, transports, logement, culture, mais aussi son rapport parfois complexe à la Métropole. Entretien.
La sécurité est une préoccupation majeure à l’est de Nice. Où en est La Trinité aujourd’hui ?
La sécurité, comme l’éducation, est l’un des piliers républicains. Dans un territoire entouré de quartiers prioritaires, garantir la tranquillité publique est indispensable. Nous avons renforcé notre police municipale, passant de 8 à 14 agents, désormais aussi actifs le samedi. Nous avons consolidé la coopération avec la gendarmerie et relancé le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance en présence du procureur. Nous venons aussi de voter un dispositif en lien avec l’Éducation nationale : les élèves temporairement exclus du collège seront accueillis par les services municipaux.

Le chantier de la ligne 5 du tramway avance-t-il concrètement ? Certains riverains s’inquiètent…
Ce n’est plus le moment de désespérer ! Le sujet s’impose depuis plus de quinze ans, avant même mon élection. Dès ma prise de fonction, j’ai insisté auprès de Christian Estrosi : il a pris un engagement ferme. L’enquête publique débutera dans quelques semaines, et j’ai coprésidé le comité de pilotage avec Gaël Nofri (vice-président de Nice-Côte d’Azur, NDLR). Le tracé est arrêté, les terrains pour la gare multimodale et le parking-relais de 350 places sont acquis. C’est un investissement de deux millions d’euros pour la Métropole. La mise en service est prévue vers 2029-2030.
Une part des maires s’estiment insuffisamment écoutés par la Métropole. Et vous ?
Par le passé, notre voix n’était pas assez entendue. Depuis 2020, cela a radicalement changé. Aujourd’hui, La Trinité porte clairement ses projets au sein de la Métropole, avec des résultats concrets : investissement majeur dans la rénovation des axes principaux de la ville (4 millions d’euros), création d’une piste cyclable reliant La Trinité au centre de Nice… L’agglo partage désormais notre vision d’un développement équilibré, notamment sur l’axe des Paillons.
Dans ce climat un peu tendu, soutenez-vous toutes ses dernières décisions ?
Je suis issu d’une sensibilité politique minoritaire localement, mais je me retrouve pleinement dans les choix récents de la Métropole. Je partage l’exigence républicaine du président Christian Estrosi : son refus des extrêmes, et l’idée de rassembler largement. J’ai été très marqué par la réactivité de la Métropole après la tempête Alex, preuve concrète de son utilité pour nos territoires.
L’enjeu du logement est majeur dans votre commune. Comment gérer la croissance démographique tout en préservant la qualité de vie ?
Nous devons loger des actifs tout en maîtrisant l’harmonie architecturale et l’équilibre sociologique. Nous respectons strictement un tiers de logements sociaux dans chaque projet. Le risque d’inondation complique parfois la constructibilité. Nous avons réalisé un bel immeuble à l’entrée de la ville - remplaçant une station-service abandonnée depuis 20 ans - parfaitement intégré à notre patrimoine.

Quel bilan tirez-vous de votre mandat, à ce stade ?
Nous avions beaucoup de défis à relever, notamment le redressement financier de la ville. La commune se trouvait dans une situation extrêmement dégradée, parmi les plus critiques de France. Nous avons mené une bataille au Conseil constitutionnel, que nous avons gagnée, concernant l’injustice liée à la suppression de la taxe d’habitation.
Aujourd’hui, nous sommes sortis du réseau d’alerte et avons retrouvé des marges financières, essentielles pour agir. Nous avons pu ainsi lancer la construction d’une salle de spectacle très attendue, bientôt achevée. Nous avons aussi considérablement investi dans la rénovation des bâtiments communaux, particulièrement les écoles, priorité absolue pour nous.
Serez-vous candidat à votre réélection en 2026 ?
Je ne me suis pas encore exprimé sur ce sujet. Nous sommes toujours pleinement engagés dans la réalisation de nos projets. Mais évidemment, je regarde l’avenir de La Trinité avec passion et intérêt.
Quel serait le chantier prioritaire d’un nouveau mandat ?
Après avoir relevé les grands défis (finances, écoles, salle de spectacle), le chantier prioritaire restera celui des transports, avec l’arrivée du tramway. Je veux aussi préserver l’âme de La Trinité, ville à la fois proche de Nice mais ancrée dans un cadre naturel exceptionnel, symbolisée par la culture de l’olivier, avec deux exploitations mondialement reconnues : Lessatini et Champ Soleil.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la gauche ?
Je suis chevènementiste : au-dessus de la gauche et de la droite, il y a la République. Je suis profondément opposé à la dérive communautariste d’une partie de la gauche, notamment incarnée par La France Insoumise, qui assigne les gens à leur origine ou à leur condition sociale, au lieu de les élever vers l’universalisme républicain. Je suis en colère contre cette voie dangereuse, qui peut mener à de graves affrontements sociaux.
La gauche locale, qui dispose de très peu d’élus, peut-elle vraiment s’imposer dans un avenir proche ?
Oui, à condition d’éviter le piège des extrêmes, entre dérive trumpiste à droite et wokisme à gauche. Il existe une voie républicaine rassembleuse, qui n’est pas encore incarnée politiquement. Je reste un optimiste viscéral et ne désespère pas de la voir émerger prochainement…



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