Baisse du nombre de médecins généra­listes et de mater­nités, fermeture de guichets ou d'accueils physiques : dans le Vaucluse, sixième dépar­tement le plus pauvre de France métro­po­li­taine où l'extrême droite fait des scores très élevés, beaucoup de citoyens se sentent "oubliés".

"Les gens se disent +Si la République nous abandonne, pourquoi voter pour elle?+, remarque auprès de l'AFP un cadre terri­torial vauclusien. Ce déclin des services publics sert de "carburant électoral du RN dans les petites villes et villages", estime le polito­logue Jérôme Fourqué dans son livre La France d'après (Seuil, 2023).

Si le Vaucluse n'est pas le dépar­tement le moins bien doté de France en termes de lignes de train ou de services médicaux, il voit une diminution de certains services, un éloignement d'autres et une numéri­sation accrue qui laisse des gens démunis.

- Moins de médecins généralistes -

En moins de 10 ans, le Vaucluse a perdu 79 médecins généra­listes, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statis­tiques (Drees). En 2014, ils étaient 908 mais ne sont plus que 829 en 2023, selon l'ARS.

Actuellement, on compte 146 médecins généra­listes pour 100.000 habitants, soit quatre de moins par rapport à la moyenne en France métropolitaine.

A Carpentras par exemple, 30.000 habitants, leur nombre est passé de 32 à 21 sur les neuf dernières années et des citoyens peinent désormais à en trouver un.

Or, la population du Vaucluse a augmenté de plus de 7.500 personnes entre 2014 (554.374) et 2020 (561.941), selon l'Insee.

Les mater­nités aussi sont touchées, le Vaucluse en a perdu trois sur neuf entre 2000 et 2022, soit une diminution de 33%, légèrement inférieure au niveau national (36%), selon la Drees. En 2023, elle en a perdu une de plus selon l’ARS et en comptait cinq.

- Gares sans guichet -

Sur les 18 gares que compte le Vaucluse, seulement trois (Avignon centre et TGV, ainsi qu'Orange) sont encore équipées d’un guichet.

"Quand on part de Bédarrides par exemple, il y a des affiches qui disent +allez à Orange pour prendre vos billets+, donc les gens finissent par ne pas payer même si c'est involon­taire", constate Jean-​Pierre Imbs, de l'association NosterPACA Vaucluse, qui agit en faveur des trans­ports publics dans la région et se veut porte-​voix des usagers.

A Bédarrides, 5.500 habitants dans l'ouest du Vaucluse, les deux listes d'extrême droite (RN en tête puis liste de Reconquête!) dépassent en cumulé les 67% aux Européennes, confirmant les records de la prési­den­tielle en 2022.

"On se retrouve dans une zone rurale, avec des habitants de catégories non-​favorisées, mécon­tents de leur situation et qui craignent que ça aille plus mal, et procèdent donc à un vote de +défense+", expli­quait alors pour l’AFP, Christèle Lagier, maîtresse de confé­rence en Sciences politiques à l'université d'Avignon.

- Eloignement et dématérialisation

Avec la fermeture de tréso­reries ou de certains services des impôts aux parti­cu­liers regroupés dans de plus grandes localités, attestée par les chiffres de l'Insee (baisse de cinq établis­se­ments entre 2016 et 2021), ainsi qu'une numéri­sation crois­sante, beaucoup de citoyens sont "perdus" témoignent aussi cadres terri­to­riaux et média­teurs numériques.

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