Donnés pour morts, Les Républicains sont encore parvenus à sauver leur peau dimanche notamment grâce au vote-​barrage face au RN au second tour des légis­la­tives qui ont reconduit son rôle pivot dans la future Assemblée, même si Laurent Wauquiez a déjà exclu "toute coalition et toute compromission".

Les estima­tions accordent à LR et à la droite, en général, une soixan­taine de sièges à l'Assemblée nationale, contre 61 auparavant.

"Le choix de l'indépendance était le bon", s'est félicité sur X le parti qui devrait jouer à nouveau un rôle pivot au Palais Bourbon, comme au cours des deux dernières années où il a apporté son soutien à la majorité prési­den­tielle au cas par cas, se déchirant parfois comme sur la réforme des retraites.

Un résultat d'autant plus positif qu'Eric Ciotti, qui en tant que président de LR a scellé une alliance avec le Rassemblement national deux jours après la disso­lution, n'est pas sûr de parvenir à former un groupe à l'Assemblée et a perdu tout espoir d'un ministère au sein d'un gouver­nement de Jordan Bardella.

Avec un fort ancrage terri­torial, les députés de droite ont "fait campagne sur leur nom et non sur celui de leur parti qui est devenu un boulet", reconnaît un ténor LR.

Même si ses dirigeants ont refusé de donner des consignes de vote pour le second tour, LR a fait office de barrage, proba­blement aidés par le refus clair et net de leurs dirigeants de suivre M. Ciotti.

"Les Républicains ont sans doute bénéficié de désis­te­ments et de reports", explique Christelle Craplet, direc­trice de BVA Opinion, souli­gnant que le "Front républicain à gauche a plutôt bien fonctionné".

"C’est quand même une surprise qu’ils sortent renforcés de cette disso­lution", analyse Martial Foucault (Cevipof).

Selon l'institut Ipsos, 70% de ceux qui ont voté à gauche au premier tour et même 79% des électeurs d'Ensemble se sont reportés au second sur un candidat LR dans les duels avec les marinistes.

Selon un décompte de l'AFP, Les Républicains ont remporté 32 des 39 duels qui les affron­taient à un candidat RN ou un adver­saire adoubé par Eric Ciotti, princi­pa­lement dans des terri­toires ruraux où a déferlé la vague RN au premier tour.

- "On a bien fait de tenir bon" -

"La faiblesse des candidats RN a aussi joué en notre faveur", souligne une source LR au Sénat. "Les électeurs pensaient voter pour Jordan Bardella comme aux européennes, mais ils se sont rendus compte dans l'entre-deux-tours qu'il y avait un autre candidat sur l'affiche… qui s'avérait catas­tro­phique dans les débats".

Les larges victoires obtenues par les ténors de la droite confirment "l'effet barrage": Laurent Wauquiez, qui nourrit des ambitions élyséennes, s'est ainsi imposé en Haute-​Loire avec 60% des voix, alors qu'il n'avait que deux points d'avance sur son rival RN au premier tour.

Idem pour le patron des députés LR Olivier Marleix, vainqueur en Eure-​et-​Loir face au RN avec 57% des voix après un ballottage défavo­rable au premier tour.

"On a bien fait de tenir bon", se félicite une dirigeante, convaincue du bien-​fondé de la ligne "indépen­dante" de LR, qui a refusé les alliances aussi bien avec le RN qu'avec le camp macroniste.

Si cette source estime que "la marque LR est proba­blement morte", elle est convaincue que "la droite ne l'est pas pour autant".

"Les partis sont mortels", abonde un cadre LR. "Mais la France a besoin d'une droite post-​gaulliste libérale qui a son utilité maintenant que nous sommes entrés dans le post-​macronisme", a-​t-​il ajouté.

Le défi pour la droite sera désormais de conserver son unité, d'autant que le trublion Aurélien Pradié, réélu avec 54% des voix, a déjà annoncé son départ de LR, laissant entrevoir de nouvelles divisions.

L'idée d'une poten­tielle grande coalition, hypothèse forte avec cette nouvelle Assemblée organisée autour de trois blocs, divise les rangs du parti : Xavier Bertrand, président LR des Hauts-​de-​France, a plaidé pour "un gouver­nement provi­soire de la République".

L'option ne séduit manifes­tement pas Laurent Wauquiez : "Pour nous, il n’y aura ni coalition ni compro­mission", a-​t-​il prévenu après sa victoire.

"Si un gouver­nement à gauche se confirme, ce sera une opposition très claire de LR", prévient son entourage.

La zone commentaires n'est pas ouverte pour cet article.