Ancien boucher-charcutier reconverti en multipropriétaire au cœur de Marseille, R. Z., 85 ans, percevait près de 350.000 euros annuels grâce aux loyers de ses locataires. Pourtant, malgré l’état insalubre de ses logements infestés de rats, il rejette toute accusation d’être un « marchand de sommeil ».
Jugé depuis mercredi et jusqu’à vendredi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour « soumission de personnes vulnérables à des conditions indignes d’hébergement » et « mise en danger d’autrui », l’octogénaire a vivement contesté les accusations.
« On leur donne un appartement correct, je suis peiné, je suis atterré par leurs déclarations », s’est-il défendu, assis à la barre en raison de son état de santé. Aux côtés de son épouse et de leur homme à tout faire, chargé notamment de collecter les loyers auprès d’une soixantaine de locataires, il assure avoir « toujours été à l’écoute des locataires ».
Les habitants de ses immeubles situés dans les quartiers populaires de Belsunce et Noailles, en plein centre de Marseille, décrivent pourtant un tout autre quotidien : nuisibles omniprésents, moisissures rongeant les murs, chauffages hors service.
« Les souris vivaient avec nous, les rats et les cafards, c’est une horreur », avait dénoncé un locataire auprès des enquêteurs, évoquant aussi la présence massive de trafiquants de cigarettes dans les parties communes.
Lorsque le tribunal projette des images des lieux, l’accusé s’insurge : « La situation, je ne l’ai pas créée », avance-t-il, affirmant avoir « fourni des produits » pour tenter d’y remédier.
Depuis le milieu des années 1990, R. Z. et son épouse avaient acquis, via deux SCI familiales, une soixantaine de logements, dont certains immeubles entiers. Ces biens étaient majoritairement loués à des locataires bénéficiant d’aides au logement versées par la CAF.
En 2020, les revenus du couple s’élevaient à près de 346.000 euros. « Moi, je suis sur le terrain et ma femme s’occupe de la paperasse », a expliqué R. Z., qui tenait un petit bureau sur le marché des Capucins où ses locataires venaient payer leur loyer.
Une femme vivant seule avec sa fille de 16 ans avait témoigné auprès de la cellule « habitat indigne » de la Sûreté départementale. Ayant passé un hiver sans chauffage, elle redoutait de se retrouver à la rue. Pourtant, elle versait chaque mois 620 euros pour un T2 envahi par l’humidité, avec une pièce sombre, sans eau chaude et infestée de cafards.
Également poursuivis pour perception de loyers indus, l’octogénaire et son épouse avaient loué des logements dans un immeuble visé par deux arrêtés de péril successifs, en février 2020 et août 2022.
« Ici, c’est pas la mairie, soit tu paies, soit tu pars », avaient rapporté plusieurs locataires. L’un d’eux avait même reçu un commandement de payer et avait été assigné en justice.
« Je reconnais que sur soixante locataires, j’ai fait l’erreur d’encaisser des loyers que je n’aurais pas dû, mais j’ai compensé postérieurement », a tenté de justifier R. Z.
(Avec AFP)



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