Luc O., ex-braqueur déjà condamné pour un assassinat sordide, avait-il aussi éliminé son père, il y a près de 30 ans ? Entre la thèse du meurtrier d’un jour et celle du tueur en série, la cour d’assises des Alpes-Maritimes va devoir trancher mercredi.
Accusation sans preuve matérielle
Pour l’accusation, qui a requis 30 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers, la culpabilité de Luc O. ne fait aucun doute. « Les éléments convergent tous vers Luc O. », a déclaré l’avocate générale Maud Marty, évoquant ce parricide comme « une naissance » dans son parcours criminel.
Mais sans preuve matérielle et avec le désistement du principal témoin, l’issue du procès repose uniquement sur des circonstances suspectes et une personnalité troublante.
Parcours judiciaire lourd
Libre depuis 2021, Luc O., 58 ans, comparaît pour la troisième fois devant la cour d’assises de Nice. Déjà condamné à 13 ans en 2002 pour braquages et à 30 ans en 2012 pour assassinat, il avait à chaque fois été jugé aux côtés de Philippe Rosso, ancien membre du service d’ordre du Front national.
O., alors en grande détresse psychologique, s’était laissé entraîner dans des braquages « minables » par Rosso, décrit comme charismatique et manipulateur.
Disparition énigmatique en 1995
En juin 1995, le père de Luc, Gérard O., disparaît sans laisser de trace. Ce retraité de 62 ans, témoin de Jéhovah, abandonne voiture, papiers, lunettes et bible annotée. Sa pension continue d’être perçue par son épouse jusqu’en 2009.
Luc O., alors âgé de 29 ans, vivait juste à côté. Malgré des relations tendues avec son père, l’entourage évoque à l’époque un départ pour évangéliser à l’étranger. Ce n’est qu’en 2010, lors d’une perquisition, que des traces de sang sont retrouvées dans la maison, sans lien ADN établi.
Révélations glaçantes depuis la prison
En 2004, Rosso écrit au parquet depuis sa cellule et accuse O. du meurtre d’un complice, Michel Renard. Il affirme que Luc aurait découpé le corps et fait disparaître les restes au mixeur. « Ne t’inquiète pas, je suis un travailleur propre, le corps de mon père n’a jamais été retrouvé », aurait-il dit.
Mercredi, à l’audience, O. nie tout : « Ce que j’ai fait à Renard, je ne l’aurais jamais fait à mon père. »
Rosso absent, mais la thèse du tueur en série persiste
Philippe Rosso, convoqué, ne s’est pas présenté. Dans une lettre à la cour, il affirme ne plus vouloir entendre parler d’O. Pourtant, selon un enquêteur, ses déclarations sont restées constantes. Un autre témoin affirme qu’O. lui avait proposé de l’argent pour faire disparaître des corps dans les années 1990.
Luc O. parle d’un « délire » lié à la drogue. Le verdict est attendu dans la soirée.





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