Municipales 2026 - Dans de nombreuses communes touristiques, les prix de l’immobilier flambent, l’offre de logements à louer à l’année se raréfie et les volets restent clos une bonne partie de l’année. La progression des locations de courte durée et des résidences secondaires réduit le parc de logements pour les habitants permanents, au point de devenir l’un des enjeux des prochaines élections municipales.
Ce basculement inquiète plusieurs mairies, notamment à Lauris, dans le Vaucluse. Gérard Larrive, conseiller municipal, dit y ressentir une « asphyxie » liée à la réhabilitation de logements vacants en locations saisonnières, a-t-il expliqué lors d’une conférence organisée au Congrès des maires, qui se tient jusqu’à jeudi à Paris.
À Lège-Cap-Ferret, en Gironde, Jean-Paul Lebas, habitant de la commune et membre du Collectif national d’habitants permanents (CNHP), décrit une situation où, selon lui, « les jeunes ne peuvent plus rester, les actifs vont habiter à 30 ou 40 km de la commune, une classe d’école ferme tous les ans et les agences immobilières ont remplacé les boucheries ».
Il attribue cette évolution à « une spéculation immobilière effrénée » sur les logements dédiés à la location saisonnière et sur les résidences secondaires, ainsi qu’à l’inaction de la municipalité, « contrairement à d’autres communes du littoral qui ont pris des mesures pour essayer de freiner ».
Selon le CNHP, une dizaine de communes se sont déjà saisies d’un nouvel outil permettant d’interdire, sur certains secteurs, la construction de nouvelles résidences secondaires. Créé par la loi Echaniz-Le Meur de novembre 2024, ce dispositif vise aussi à mieux encadrer la location meublée touristique.
Parmi ces communes figurent Bayonne, Biarritz, Bonifacio, Cancale, Chamonix ou encore Saint-Malo, dernière en date. Dans son plan local d’urbanisme adopté début novembre, cette ville constate que « son attractivité touristique est à l’origine de nombreux atouts, notamment économiques, mais impacte aussi les capacités d’accueil de population ». Saint-Malo comptait 27% de résidences secondaires en 2022, selon l’Insee.
Avant cette évolution réglementaire, la mairie de Saint-Malo avait déjà instauré des quotas de locations meublées touristiques autorisées dans la vieille ville intra-muros, assortis de limites par personne physique, afin de réguler ce marché.
Locations touristiques et résidences secondaires, un casse-tête pour les maires et le logement local
Dans la défense du logement permanent, Paris serait « probablement le meilleur élève », selon Jean-Paul Lebas, dont le collectif mène une évaluation des politiques menées par plusieurs municipalités. L’expression « Hémorragie des résidences secondaires » résume, pour certains acteurs, l’ampleur du phénomène dans les territoires les plus exposés.
À Paris, Jacques Baudrier, adjoint PCF chargé du logement, estime que la capitale « On est en train de gagner la bataille » contre les locations meublées touristiques illégales, mais souligne qu’il reste à traiter « l’hémorragie des résidences secondaires et des logements vacants ». Il souhaite pour cela pouvoir relever les taxes pesant sur ces habitations.
Les communes situées en zone tendue sur le plan du logement disposent déjà de leviers fiscaux : elles peuvent instaurer une taxe sur les logements vacants et majorer de 5% à 60% la taxe sur les résidences secondaires, afin de favoriser un usage plus permanent du parc immobilier.
Cette surtaxe irrite toutefois un nombre croissant de propriétaires de résidences secondaires, qui se regroupent en collectifs un peu partout sur le territoire. Certains vont jusqu’à s’inscrire sur les listes électorales de leur commune de villégiature, voire à constituer une liste pour se présenter aux municipales, comme à Argelès-sur-Mer.
La grogne s’exprime aussi chez les professionnels de la location touristique. Pour Frederick Seidita Aires, vice-président du syndicat des professionnels de la location meublée, « Certaines communes se sont emparées des outils (de régulation des meublés de tourisme, NDLR) dans une approche idéologique et aujourd’hui c’est instrumentalisé dans la campagne municipale », dans « une logique électoraliste ».
Ce représentant met en avant les retombées économiques positives des meublés de tourisme et la nécessité de rechercher un « équilibre » entre lutte contre la crise du logement et maintien de l’attractivité touristique.
Un « équilibre » que le CNHP affirme également viser. « Il ne s’agit pas de s’attaquer au tourisme, mais de faire en sorte que les communes puissent vivre à l’année », insiste Jean-Paul Lebas, qui défend la possibilité pour les habitants permanents de continuer à se loger dans ces territoires.
Preuve de l’importance de ces enjeux à l’échelle communale, Airbnb est présent depuis trois ans au Salon des maires, avec un stand aménagé comme un appartement de vacances où la plateforme met en avant auprès des élus ses outils dédiés aux collectivités.
La question du logement dans les zones touristiques reste toutefois « très spécifique », juge Véronique Pouzadoux, co-présidente de la commission aménagement urbanisme de l’Association des maires de France (AMF). Elle doute que la seule préoccupation liée aux résidences secondaires puisse suffire à bâtir un programme politique complet lors des élections municipales.
- Ce qu’il faut retenir : Dans les zones touristiques, la montée des locations saisonnières et des résidences secondaires réduit l’offre de logement pour les habitants permanents. Les maires, les collectifs d’habitants et les professionnels de la location meublée s’opposent sur les outils de régulation et la fiscalité appliquée à ces biens. La recherche d’un compromis entre attractivité touristique et vie à l’année devient un enjeu important à l’approche des élections municipales.
Avec AFP






