Municipales 2026 - Du Havre à Nice, le parti Horizons joue gros aux municipales des 15 et 22 mars, avec des enjeux qui dépassent largement les conseils municipaux. À un an de la présidentielle, Édouard Philippe voit sa ville du Havre redevenir un test, tandis que Nice et Paris concentrent les tensions.
Sur les quais du Havre, l’échéance municipale prend des allures de point de passage obligé. Édouard Philippe, maire depuis 2010, a lui-même posé l’enjeu en termes nationaux : « je ne serais pas dans une bonne position pour essayer de convaincre les Français », a-t-il récemment déclaré en évoquant l’hypothèse d’une défaite.
Or un sondage Opinionway publié mercredi le donne, pour la première fois, perdant dans la ville portuaire. Selon cette étude, l’ancien Premier ministre arriverait en tête au premier tour avec 37%, juste devant le communiste Jean-Paul Lecoq à 35%. Mais au second tour, dans une triangulaire incluant le candidat d’extrême droite Franck Keller (testé à 18% au premier tour), Édouard Philippe s’inclinerait (42% contre 40%).
Chez Horizons, on tente de contenir l’effet politique d’une telle photographie : « Ca ne peut que remobiliser l’électorat favorable à Édouard », relativise une source au sein du parti.
Un parti bâti sur les maires, avec Nice en point sensible
Créé en 2021 pour porter la candidature d’Édouard Philippe à l’Élysée, Horizons s’est, de longue date, fixé les municipales comme une étape majeure. Prenant le contre-pied de Renaissance et de sa faible implantation locale, Édouard Philippe a érigé sa formation politique en « parti des maires », avec la commune comme « échelon de base » de son organisation.
Le mouvement revendique quelque 3.400 élus locaux, dont 600 édiles, et s’est doté d’une « assemblée des maires » présidée par Christian Estrosi.
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Sur la Côte d’Azur, la ville de Nice sera particulièrement scrutée les 15 et 22 mars. Christian Estrosi, qui la dirige depuis 2008, y affronte un contexte que le parti juge sensible. Son rival Éric Ciotti, désormais allié au RN, le devance de dix points dans un récent sondage, qualifié de « manipulation » par l’équipe du maire sortant.
Nice est « un réel motif d’inquiétude », reconnaît une figure du parti.
Paris, la mise au point qui crispe
En attendant, l’attention se concentre sur Paris, où la séquence politique de mercredi a laissé des traces. Alors que le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel, soutenu par Renaissance, venait d’indiquer qu’il ne rejoindrait « ni (le socialiste Emmanuel) Grégoire, ni (la LR Rachida) Dati au second tour », Édouard Philippe a fait une mise au point.
Il a déclaré à l’AFP qu’il ferait « tout » pour « l’alternance » dans la capitale, « avec un grand rassemblement de la droite et du centre ». Une sortie qui a jeté « un froid certain » au sein de l’équipe de campagne parisienne, mais qui a plutôt rassuré au sein du parti, où nombre de cadres s’inquiètent de ce « ni-ni » dans la perspective de la présidentielle, quand Édouard Philippe aura besoin du soutien de la droite.
Dans ce contexte, un cadre d’Horizons se dit sceptique sur la stratégie à Paris. Alors que Pierre-Yves Bournazel accuse un retard dans les sondages sur ses deux principaux rivaux, « les dégâts sont assez irréversibles » après cette contradiction publique, estime-t-il, redoutant une dynamique qui risque de « précipiter le vote utile » en faveur de Rachida Dati.
Des sortants “confiants”, et des triangulations qui compliquent
Au-delà de ces places fortes très exposées (Le Havre pour Édouard Philippe, Nice pour Christian Estrosi), Horizons s’appuie sur plusieurs maires sortants que le parti dit « plutôt confiants ». Christophe Béchu sollicite un nouveau mandat à Angers, comme Arnaud Robinet à Reims.
Pour le reste, la ligne est résumée sans détour par un cadre : « on est dans une logique de reconduction quasi automatique des maires sortants du socle commun. C’est un peu ça, le deal avec (le patron de LR Bruno) Retailleau ».
Avec, toutefois, des exceptions présentées comme difficiles. À Besançon, Éric Delabrousse, soutenu par Renaissance, concurrence le LR Ludovic Fagaut pour tenter de détrôner la maire écologiste sortante Anne Vignot. L’agacement se fait entendre dans le “socle commun” : « Quand on voit qu’on peut gagner à Besançon et qu’il y a un mec d’Horizons qui fait 5%… », soupire un cadre.
À Strasbourg, le candidat Horizons Pierre Jakubowicz, soutenu par Renaissance et le MoDem, est distancé dans les récents sondages par le LR Jean-Philippe Vetter, loin derrière l’ex-édile PS Catherine Trautmann. « Tout ceci risque de laisser des traces » dans la perspective de la présidentielle, s’inquiète la même source.
Après le scrutin municipal, la course d’Horizons vers l’Élysée doit s’ouvrir. Une réunion publique est « dans les tuyaux » le 12 avril à Paris. Pas de présentation « massive » du programme annoncée au printemps, mais plutôt une succession de rendez-vous, avant une phase de départage — toujours sans primaire à ce stade — avec d’autres prétendants de la droite et du centre, de Gabriel Attal à Bruno Retailleau. Avec, en toile de fond, un préalable : « Faut-il déjà qu’Édouard Philippe soit réélu dans sa ville. »
Ce qui est important
- Les municipales des 15 et 22 mars sont un test décisif pour Horizons, construit comme un « parti des maires » et déjà tourné vers la présidentielle.
- Le Havre et Nice sont identifiés comme des points de fragilité, avec un sondage défavorable à Édouard Philippe et une inquiétud à Nice autour de Christian Estrosi.
- À Paris, la séquence Bournazel-Philippe expose des tensions stratégiques susceptibles de peser sur les équilibres à droite et au centre avant 2027.
Municipales 2026, qui sont les candidats déclarés à Nice ?
- Christian Estrosi (Les Républicains-Horizons)
- Éric Ciotti (UDR-Rassemblement national)
- Juliette Chesnel-Le Roux (Socialistes, communistes, Verts)
- Mireille Damiano (La France Insoumise, Viva)
- Cédric Vella (Reconquête, extrême droite)
Nice-Presse avec agence










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