David Nakache, président de l’association « Tous citoyens ! », principal orateur du rassemblement niçois et de gauche « Viva ! », appelle à une large alliance à moins d’un an des élections municipales.
David Nakache lance un cri d’alarme contre la désunion, et défend sa stratégie dans Nice-Presse Dimanche : une vaste alliance très politique mais largement ouverte à la société civile, avec une « vraie rupture » sur les thèmes du logement, de l’écologie et des transports. Entretien.
L’union de la gauche semble encore difficile à construire aujourd’hui à Nice entre les écologistes, les socialistes, les Insoumis… Où est le point de convergence ?
Nous avons une vraie volonté, avec de nombreux citoyens : avoir, cette fois-ci, une liste unie de la gauche et de l’écologie. Les Niçois se retrouvent piégés dans un duel fratricide entre Christian Estrosi et Éric Ciotti, deux hommes qui ont longtemps travaillé ensemble, et qui se livrent désormais à une guerre personnelle. Il faut que nous nous sortions de ça.
Avec une seule liste de gauche, nous pourrons peser réellement et offrir une alternative crédible. Une gauche morcelée en deux ou trois listes n’a aucune chance. On ne peut pas désigner une tête de liste et élaborer un programme en vase clos. C’est un enjeu de responsabilité, un enjeu moral : la ville s’enfonce dans une crise climatique majeure avec des décisions totalement incompréhensibles.
Un exemple ?
L’extension de l’aéroport, typiquement ! On ne peut pas prétendre viser la neutralité carbone, lutter contre le surtourisme, et en même temps prévoir d’accueillir 8 millions de passagers supplémentaires chaque année. C’est complètement contradictoire.
Certaines figures de la gauche locale ont déjà été plusieurs fois candidates, comme Patrick Allemand. Y a-t-il des profils qui représentent des « lignes rouges », pour éviter de reproduire des échecs passés ?
Il nous faut tout le monde, Patrick Allemand inclus. Une ouverture large, la plus complète possible : le Parti socialiste, les communistes, les écologistes, la France Insoumise, mais aussi des personnes sans étiquette, des citoyens qui habituellement ne parlent pas de politique.
C’est le moment, nous lançons cet appel : « Reprenons la main ! ». Ne laissons pas les autres décider pour nous, impliquons-nous. J’appelle les Niçois à venir participer (une centaine de citoyens ont signé un manifeste en ce sens ces derniers jours, ndlr). Toutes les communes de la Métropole sont concernées, car ce qui arrive à Nice conditionne aussi le quotidien des autres villes.
Y croyez-vous vraiment ?
Il y a clairement une possibilité. Traditionnellement, la droite, ici, ne passe pas dès le premier tour. Christian Estrosi n’a jamais réussi, contrairement à certains maires d’autres communes du département. Cette fois-ci, le bloc de droite va être profondément divisé.
La gauche a nettement progressé en nombre de votants. Un vrai changement est en train de se produire, révélateur d’une situation niçoise qui s’enfonce dans la crise sociale. Aujourd’hui, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté dans notre ville. C’est dramatique et cela doit changer.
« Les Niçois ne sentent plus qu’ils sont la priorité des dirigeants de leur propre ville ! »
La crise du logement, justement : quelles solutions réalistes proposez-vous pour les classes moyennes et populaires ?
Beaucoup trop de familles dorment aujourd’hui à la rue, des enfants aussi, et c’est pire qu’avant. D’autres survivent dans des squats ou se cachent en sous-location. On voit également des adultes obligés, après une séparation, de retourner vivre chez leurs parents parce que les loyers sont devenus exorbitants. Les gens ne peuvent pas quitter les hébergements d’urgence, faute de solutions. Ils ne peuvent pas non plus accéder aux logements sociaux, car Nice ne compte que 14% de HLM au lieu des 25% exigés par la loi. Quant à passer du parc social au parc privé, c’est impossible : la marche est bien trop haute.
L’encadrement des loyers n’a pas été décidé, alors que cette mesure permettrait au moins de stopper l’envolée. Nous avons les loyers parmi les plus chers de France après Paris.
Résultat : les locaux commencent même à ressentir de la rancœur envers les touristes, ce qui est quand même révélateur. Certes, les visiteurs extérieurs apportent une certaine richesse, font vivre beaucoup de personnes dans l’hôtellerie et la restauration, mais aujourd’hui, tout est organisé pour eux, au détriment des habitants. Les Niçois ne sentent plus qu’ils sont la priorité des dirigeants de leur propre ville !

La sécurité est une préoccupation majeure, mais une partie de la gauche est parfois perçue comme laxiste sur ce dossier. Que répondez-vous à ceux qui doutent de la capacité de votre camp à être à la hauteur ?
Globalement, il n’y a pas un emballement de l’insécurité ici, si on regarde froidement les chiffres sur les dix dernières années. En revanche, il est vrai que des phénomènes nouveaux apparaissent, notamment liés au narcotrafic. Face à cette problématique, comme face au terrorisme, il n’y a pas de solution miracle.
Mais il y a des erreurs à éviter. La première, que Nice a commise, c’est d’avoir abandonné les politiques de prévention. Plus vous avez des jeunes laissés à l’abandon, plus ils deviennent des proies faciles pour les trafiquants. Pourquoi le narcotrafic se développe-t-il aux Moulins ou à l’Ariane, et pas à Cimiez ou au Port ? Parce que ce sont des quartiers pauvres. Plus on laisse s’appauvrir certains quartiers, plus on favorise un terreau fertile pour le trafic.
Faut-il aller jusqu’à la légalisation du cannabis, comme certains à gauche le défendent ?
C’est une proposition intéressante parce que les narcotrafiquants, ce sont des businessmen. Si on leur retire une part de leur marché, forcément, ça les affaiblit. Pour certains trafiquants, le cannabis représente entre 40% et 60% de leurs revenus. Si on légalise, il restera évidemment un marché illégal, mais il sera marginalisé. On voit d’ailleurs que cela fonctionne ailleurs : l’Allemagne commence à légaliser, les Pays-Bas et le Canada l’ont fait depuis longtemps. On a des retours d’expérience positifs. Nous voudrions donc que Nice, comme Strasbourg, se porte volontaire pour expérimenter cette mesure.
Vous avez évoqué l’idée de la gratuité des transports. Est-ce une promesse symbolique ou un engagement que vous comptez réellement porter jusqu’au bout ?
C’est un engagement que l’on souhaite réellement mettre en œuvre. Ça se fait déjà avec succès dans plusieurs villes, notamment à Montpellier. Évidemment, cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, mais de manière progressive.
Lorsqu’on rend un service gratuit, on observe immédiatement une hausse de sa fréquentation. C’est précisément ce que l’on recherche : réduire l’utilisation de la voiture, surtout sur des trajets courts, alors qu’ils pourraient facilement emprunter les transports en commun. L’impact serait à la fois social et environnemental.
Comment comptez-vous financer la Régie Ligne d’Azur ?
Il y a plusieurs pistes possibles. Par exemple, via une taxe sur les entreprises ou sur les nuitées d’hôtel payées par les touristes. Quand vous réservez une suite de grand luxe à 600 euros la nuit, payer 6 ou même 15 euros supplémentaires n’est absolument pas un problème pour le client. Aujourd’hui, la taxe de séjour à Nice reste très basse par rapport à Barcelone, Rome ou Venise.
Une partie de la gauche, surtout la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, est jugée trop radicale ou trop clivante. En s’alliant avec elle, n’avez-vous pas peur de braquer ?
On l’a constaté lors des dernières élections législatives : il existait effectivement un a priori négatif sur La France Insoumise, perçue comme extrémiste. Mais avec des candidats comme Enzo Giusti ou Olivier Salerno, beaucoup de Niçois ont découvert des personnalités ouvertes, à l’écoute, loin de tout radicalisme, qui comprenaient sincèrement leurs préoccupations.
Durant cette campagne, un véritable dialogue s’est instauré, même avec des électeurs aux convictions très différentes. Ces échanges ont permis de dépasser les préjugés. Une élection municipale permet précisément cela : faire tomber les idées reçues ; et engager le dialogue.
La question cash - Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de clientélisme électoral, en allant chercher un « électorat musulman » ?
Il n’y a pas de vote confessionnel en France. On ne vote pas selon sa religion, mais en fonction des difficultés quotidiennes que l’on peut rencontrer. Les habitants des quartiers populaires vivent souvent dans la précarité et dans un milieu très hostile. Quand on a peur le matin de traverser sa cage d’escalier parce que des dealers armés vous menacent, ce n’est pas une question de religion, c’est une question de sécurité et de dignité humaine. Être à l’écoute des citoyens, de leurs difficultés réelles, ce n’est pas du clientélisme. Et d’ailleurs, contrairement à ces accusations, nous ne sommes pas présents uniquement en période électorale, mais au côté des habitants toute l’année.





Excellente interview de David Nackache lequel reprend le programme de Viva développé tout au long de ses différentes actions, menées depuis 5 ans par ses militants, auprès des niçoises et des Niçois. Petite rectification : il n’y a pas d’orateurs principaux au sein de Viva. David Nackache est l’un des orateurs de Viva parmi d’autres. Au sein de l’équipe d’animation de Viva certains de ses membres interviennent régulièrement au nom de Viva tels : Me Mireille Damiano tête de liste de Viva pour les municipales 2020,Florence Ciaravola, en charge de la communication et de certains événements, Bob Injey ancien conseiller municipal de Nice. Bien cordialement,… Lire la suite »