Remaniement : Le maire de Nice Christian Estrosi au gouvernement, un scénario crédible?

Christian Estrosi gouvernement remaniement
Photo : Joao Pedro Correia

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POLITIQUE — Le gouvernement sous pression. Depuis la fin du confinement, on sait qu’un remaniement, sensé marquer la dernière ligne droite du quinquennat, se prépare. On parle de la deuxième quinzaine de juin, voire de début juillet. «Christian Estrosi est absolument concentré sur la reprise sociale et économique de Nice» pose-t-on du côté de son cabinet. Avant de glisser : «Et on a le second tour des municipales le 28 juin. Alors le remaniement…». 

Officiellement, donc, ce ne serait pas dans les cartons. Sauf que le profil du maire de Nice, à bien des égards, pourrait fortement jouer en sa faveur pour rejoindre le «gouvernement de reconquête» du chef de l’État. On fait le point sur ses atouts.

Il est ultra-populaire… contrairement au gouvernement

Dans sa ville, et il n’en est pas peu fier, Estrosi est un peu «le papa de tous les Niçois». Au petit soin pour ses administrés, ils le lui rendent bien. D’après un sondage publié cet hiver, ils étaient 80% à approuver son action. En mars dernier, il était à un chouïa de remporter la municipale niçoise dès le premier tour (47.6%).

Estrosi municipales Nice
Christian Estrosi en meeting à Nice en janvier 2020 pour les municipales. Photo : DR/équipe

Au niveau national, le président délégué de la Région Sud s’est également démarqué. Ses initiatives remarquées pendant la gestion de la pandémie de Covid-19 ont renforcé sa popularité : fin avril, le baromètre du «Figaro» le plaçait troisième homme politique à qui les Français accordent le plus leur confiance, premier de l’opposition.

Depuis, la tendance s’est confirmée. Avec 36% de bonnes opinions, Christian Estrosi se place parmi les personnalités de droite les plus populaires, au côté de Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et François Baroin, selon une étude commandée par «Paris Match» à l’Ifop et publiée hier mardi 9 juin.

Dans ce même sondage, la cote du président de la République «dégringole», comme le notent nos confrères. «Ce gouvernement est impopulaire. Et les chutes sont parfois brutales» avec une baisse de presque dix points pour certains ministres.

De là à penser que l’arrivée de Christian Estrosi, en plein «état de grâce», donnerait un peu d’air frais à l’exécutif, il n’y a qu’un pas.

Macron Estrosi Nice
Le président de la République avec Christian Estrosi à Nice pour une commémoration de l’attentat du 14 juillet. Photo : capture écran BFMTV

Il a des relations fluides avec le président

On a souvent dit que le maire de Nice épargne souvent de ses critiques le chef de l’État. Même pendant la crise des «gilets jaunes», au point culminant de l’impopularité de «Jupiter», il n’a pas hurlé avec les loups. Et les mois précédents, alors que son camp politique poussait des cries d’orfraie, Christian Estrosi ne se privait pas de soutenir publiquement certaines réformes du jeune président. Trois semaines avant le second tour de la présidentielle, en 2017, il l’avait même accueilli à Marseille. Beaucoup y avaient vu un soutien à peine voilé. «Une rencontre républicaine» avaient-ils tous les deux plutôt mis en avant.

«Macron a été le seul à me tendre la main»

Estrosi, selon plusieurs proches, se reconnaît dans Macron. Comme lui, son parcours ne le destinait pas à la politique. Comme lui, il se voit en «pièce-rapportée» du petit monde politique, un élément un peu iconoclaste. Comme pour lui, peu de gens ont cru à ses chances de réussite dans la politique, à ses débuts.

Macron discours coronavirus
Estrosi, selon plusieurs proches, se reconnaît dans Macron. Photo : Kremlin/DR

Plus important que tout cela, le maire de Nice n’a pas oublié qu’en 2016 celui qui n’était alors que ministre de l’Économie a été l’un des seuls du gouvernement à le soutenir après l’attentat du 14 juillet : «C’est le seul qui me tend la main, quand dans un climat de grande ­hostilité, Cazeneuve et Valls ont eu une attitude insupportable, sans humanité, cherchant à se protéger de tout. ­Macron a appelé et m’a demandé ce qu’il pouvait faire pour aider les milieux économiques.» se remémorait Estrosi il y a quelques semaines dans le «Figaro magazine». 

«Pendant cinq ans, Nice a été marginalisée, humiliée par Hollande. ­Emmanuel Macron n’a pas ­arrêté de nous accorder des marques de respect.»

Il est «Macron-compatible»

Sarkozyste convaincu, il a incarné «la droite pure et dure avec la sécurité pour principal cheval de bataille et un discours anti-immigration (avant) d’opérer une mue, en chantre de la droite modérée, compatible avec Emmanuel Macron, le nouveau président de la République» analysait «Le Monde» en mai 2017.

Pendant les régionales 2015, déjà, alors qu’il avait besoin des voix de la gauche pour remporter le second tour face au Front national, il avait mis de côté la rhétorique dure de l’ex-UMP. En janvier 2017, il est de ceux qui reprochent publiquement à François Fillon de mener une campagne présidentielle «pas assez sociale». Un grand virage, même s’il se dit aujourd’hui «en cohérence avec son héritage de gaulliste social».

Ce recentrage lui aura permis d’être soutenu (officieusement) par La République en marche pour conserver sa ville de Nice aux élections municipales.

Dans les cadors LR, dont l’expérience politique pourrait bénéficier à un gouvernement qui en a cruellement manqué ces derniers mois (heurs et malheurs de la fameuse société civile…), Macron n’a de toute façon pas une infinité de cartes en main. Mais le président devra compter sur les Républicains, lui que l’on dit tourné vers sa droite dans la perspective de 2022.

Christian Estrosi Ministre
Christian Estrosi en 2009, alors ministre de l’Industrie sous Nicolas Sarkozy. Photo : capture écran France 24

…et il en a envie!

Christian Estrosi laisse entendre une petite musique selon laquelle il serait en quelques sortes «rangé des voitures», loin de la politique nationale.

Il n’en est pourtant rien d’après «Le Figaro», qui affirmait, en février dernier : «Réélu, il refera de la politique au ­niveau national. Pour devenir ministre, comme l’imaginent les politiques qui le connaissent ? “L’horloge ­biologique tourne (il a 64 ans, NDLR), ce sera peut-être la dernière occasion pour lui”, pense un élu.»

En 2016, déjà, on le disait prêt à une candidature présidentielle. Sa campagne pour la primaire de la droite avait d’ailleurs commencé… avant d’être abandonnée face à celle de son ami Nicolas Sarkozy (on dit d’ailleurs que ce dernier a l’oreille d’Emmanuel Macron…).

A‑t-il abandonné tout à fait ses ambitions nationales, quatre ans plus tard ? «Je n’aspire à aucune responsabilité gouvernementale» démentait le maire de Nice, pleinement tourné vers sa ville.

Réélu maire en 2014, il se lançait dans la campagne des régionales quelques mois plus tard… Avant d’abandonner la présidence de la Région en mai 2017, pour «se consacrer à 100% à Nice». En 2008 aussi, il avait démissionné du gouvernement Fillon pour se focaliser sur sa ville, qu’il venait de conquérir… avant de reprendre le chemin de Paris en juin 2009, au ministère de l’Industrie.

Souvent homme politique varie, bien fol qui s’y fie.

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