« Je suis fatiguée d’entendre parler des Algériens toute la journée, c’est très inconfortable et ça ne sert à rien à part nous mettre mal à l’aise », soupire Soumeya Belkhenchir.
« Je ne me sens plus en sécurité en tant qu’Algérienne en France et je me pose pour la première fois la question si je peux rester. Pourtant, je me sentais intégrée », poursuit cette franco-algérienne de 56 ans arrivée à 23 ans en France, qui vit et travaille à Marseille comme consultante évaluatrice de projets de développement.
Comme elle, d’autres Algériens ou franco-algériens de la deuxième ville de France s’inquiètent de la brusque flambée des tensions entre Paris et Alger, tout en y voyant des motivations politiques.
« La France, c’est notre pays, mais quand les Français regardent la télé, ils entendent à répétition +islamisme+ et +Algérie+. Ce n’est pas rassurant », analyse Farès, commerçant d’une soixantaine d’années, qui préfère ne pas donner son nom de famille, rencontré dans le quartier central de Belsunce, à la forte population immigrée.
Marseille compte une importante diaspora nord-africaine, notamment 31.000 Algériens, selon les derniers chiffres de l’Insee, et environ 260.000 personnes au total ayant « un lien avec l’Algérie », descendants ou binationaux notamment, selon Samia Chabani, socio-historienne marseillaise spécialiste des diasporas et de l’immigration.
« On a vraiment le sentiment que c’est la France qui mène la polémique », dit-elle, en jugeant que « le ministre de l’Intérieur (français Bruno Retailleau) s’adresse aux Français par l’intermédiaire de la question algérienne », avec un « matraquage anti-algérien réhabilité par l’extrême droite et par une droite censée être centriste ».
Même sentiment chez Soumeya Belkhenchir, pour qui « clairement, Retailleau a un agenda et drague les lecteurs du RN pour les élections de 2027. Ces propos de nostalgiques de l’Algérie française montrent que les Français n’ont pas réglé le problème de la colonisation ».
« On est perdus »
« Il a mélangé la politique dans un conflit pour gagner 2027 », abonde Omar, ingénieur binational de 54 ans chargé d’affaires dans l’énergie, qui préfère lui aussi taire son nom de famille. « Nous, on est entre les deux, on est perdus. »
Sur l’origine des dernières tensions, la plupart n’ont pas compris la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par le président français Emmanuel Macron en 2024.
Salim, commerçant de 57 ans qui ne donne que son prénom, relève que « même l’Union européenne ne se prononce pas pour ou contre l’indépendance de ce territoire ».
L’UE est ainsi alignée sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, qui le reconnaît comme un territoire non-autonome, dont le statut final doit être déterminé sous l’égide d’un processus onusien.
Mais le dossier du Sahara est aussi jugé instrumentalisé par les deux parties, comme celui de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui pour Soumeya « n’a rien à faire en prison », même si elle regrette ses déclarations sur les questions des frontières, qu’Alger considère comme portant atteinte à son intégrité.
Sur la crise actuelle, si Farès pense qu’Alger est dans son droit en insistant pour que les dossiers d’expulsions d’Algériens de France passent par les consulats, Omar ne soutient pas les décisions de son gouvernement, « pas démocratique, (…) voyou et illégitime ».
Pour l’avenir, Samia Chabani relève la « crainte d’un durcissement de la position française sur le droit au séjour », tout en soulignant qu’il s’agit de « sujets qui sont cadrés par des lois et notamment par des droits constitutionnels”.
Salim ne s’alarme d’ailleurs pas pour le renouvellement l’an prochain de sa carte de séjour de dix ans. « Je sais que c’est juste une histoire et qu’on va passer à autre chose. »
Farès, qui espère un apaisement, « reste positif. La France a besoin de l’Algérie et inversement ».
(Avec AFP)






Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.