À un an du premier tour, les municipales de 2026 à Marseille s’annoncent comme une équation à multiples inconnues. Entre une gauche divisée malgré son statut de sortante, une droite rassemblée mais sans figure de proue, un Rassemblement national en embuscade et un mode de scrutin encore incertain, l’issue demeure floue.
Le 4 juillet 2020, c’est seulement lors de la première réunion du conseil municipal que les Marseillais ont découvert leur nouvelle maire : Michèle Rubirola, élue écologiste et figure de proue du Printemps Marseillais.
Après le second tour du 28 juin, cette vaste alliance citoyenne et de gauche ne disposait que d’une majorité relative. Ce sont finalement les colistiers de l’ex-sénatrice socialiste Samia Ghali, dans son bastion des 15e et 16e arrondissements, qui ont fait basculer Marseille, mettant fin à 25 ans de gouvernance de droite sous Jean-Claude Gaudin (LR).
Cinq ans plus tard, Michèle Rubirola n’est plus que première adjointe, ayant cédé son siège en décembre 2020 à Benoît Payan, ex-PS désormais divers gauche, pour « raisons de santé ».
Devenu maire sans avoir été directement élu par les Marseillais, Benoît Payan semble désormais s’être pleinement installé dans le rôle. Un sondage Ifop publié le 14 mars pour La Provence et BFM Marseille révèle que 57% des sondés estiment qu’il ferait « un bon maire de Marseille en 2026 », le plaçant loin devant Martine Vassal, présidente divers droite de la métropole et du département (47%), candidate malheureuse de la droite en 2020, et Renaud Muselier, président Renaissance de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (37%).
Encore plus loin figurent Sébastien Delogu, député LFI des quartiers populaires (29%), et Franck Allisio, représentant local du Rassemblement national (23%).
Union ? Désunion ?
S’il n’a pas encore officialisé sa candidature pour un second mandat, Benoît Payan affirme toutefois que « pour changer une ville, six ans ça ne suffit pas ». « Mon but c’est de préserver la ville et de battre l’extrême droite. Et pour cela, il faudra un rassemblement le plus large possible », ajoute-t-il.
Mais le Printemps Marseillais pourra-t-il rejouer la même partition qu’en 2020 ? Les écologistes, qui s’étaient présentés seuls au premier tour avant de rallier l’alliance au second, adopteront-ils la même stratégie ? Et surtout, les Insoumis, qui étaient restés spectateurs en 2020, joueront-ils cette fois un rôle actif ?
« Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une liste insoumise à Marseille » en 2026, assure Sébastien Delogu à l’AFP, refusant toute alliance avec « des personnes qui ont fait évoluer le clientélisme et la corruption dans cette ville ».
Les écologistes pourraient eux aussi choisir de faire cavalier seul au premier tour. S’il reconnaît que la municipalité actuelle, dont il est l’adjoint à la Transition écologique, a « assaini les finances et remis en ordre une administration gangrénée par le clientélisme », Sébastien Barles déplore certains « renoncements » ainsi qu’une « dérive sécuritaire ».
Il plaide pour une liste unique dès le premier tour, « sur l’arc NFP, en intégrant les Insoumis ». Mais faute d’accord, « ce n’est pas sûr du tout qu’on reparte avec Payan, en tous cas au premier tour. Avec les Insoumis, on est plutôt au diapason sur cette radicalité de transformation de la ville ».
Si la gauche apparaît divisée, la droite, elle, espère reconquérir Marseille en se présentant unie, contrairement à 2020, où un candidat En Marche et une liste dissidente avaient contribué à la défaite de Martine Vassal. Une droite rassemblée, mais toujours sans candidat.
Doutes sur le mode de scrutin ?
« Je répète que je ne suis pas candidat à la mairie de Marseille, étant président de la région Paca jusqu’en 2028 », insistait en décembre Renaud Muselier, tentant ainsi de « couper court à toutes sortes de rumeurs ».
« Je suis présidente de la métropole, j’aimerais bien le rester », affirmait récemment Martine Vassal, qui néanmoins ne « s’interdit rien » et met en avant son « travail sur l’union » de la droite.
Avec trois députés marseillais sur sept et 30% des suffrages aux élections européennes de juin, l’alliance RN-Ciotti pourrait être portée par Franck Allisio, ex-LR, qui promet une « décision dans les semaines ou mois à venir ». Un rapprochement avec Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône passé chez Reconquête, semble en revanche exclu, celui-ci étant désormais en rupture avec le parti d’Éric Zemmour.
Si les candidats restent flous, les règles du jeu le sont tout autant. Un projet de réforme du mode de scrutin spécifique à Paris, Lyon et Marseille doit être examiné à l’Assemblée nationale le 2 avril. L’objectif serait de remplacer l’élection par arrondissement ou secteur par une circonscription unique, comme c’est le cas dans toutes les autres communes de France.
Benoît Payan y est favorable, afin d’éviter qu’un maire soit désigné « sur le tapis vert », à l’image de Gaston Defferre (PS) en 1983, élu malgré un score inférieur à Jean-Claude Gaudin. Renaud Muselier, lui, dénonce un « tripatouillage électoral de certains Parisiens ».
En attendant que tout se clarifie, les tensions à gauche donneront lieu à un procès le 22 mai. Sur le banc des prévenus : un ex-adjoint aux Sports PS, évincé après cette affaire, et son père, ancien député socialiste, poursuivis pour des violences présumées contre deux colleurs d’affiches Insoumis
(Avec AFP)





