Le musée de La Vieille Charité à Marseille explore, à travers le tatouage, les identités méditerranéennes : de l’hyper-féminité à la virilité, de l’art ancien à l’engagement politique.
Une histoire millénaire.. gravée dans la peau
Longtemps marginalisé, le tatouage est aujourd’hui banalisé. L’exposition « Tatouage, histoires de la Méditerranée » en révèle les racines profondes, avec près de 275 objets exposés, du menhir préhistorique aux momies égyptiennes tatouées, en passant par une minuscule amphore de Rhodes vieille de 8.000 ans.
Visible jusqu’au 28 septembre, cette exposition propose un parcours à la fois chronologique et thématique, retraçant les multiples fonctions du tatouage à travers les âges et les cultures.
Du sacré au politique : une pratique en mutation
On y découvre le retour du tatouage religieux après son interdiction par l’empereur Constantin, mais aussi son usage identitaire et militant. Une photographie montre par exemple un supporter de l’OM, le logo du club gravé dans la chair, tandis que d’autres pièces témoignent de l’engagement politique du groupe algérien Aouchem autour de Samta Benyahia et Denis Martinez.
« Nous avons voulu raconter l’histoire fragmentée du tatouage autour du bassin méditerranéen », explique Nicolas Misery, directeur général des musées de Marseille, qui revendique les apports des études de genre et postcoloniales.
Une salle marquante met en contraste deux visions du tatouage amazigh : d’un côté les portraits documentaires en noir et blanc de femmes kabyles réalisés par Marc Garanger en 1960 ; de l’autre, les visages réinterprétés par l’artiste algérienne Dalila Dalléas Bouzar dans sa série « Les Princesses ».
Arme d’expression personnelle
Du stigmate à la fierté, le tatouage devient aujourd’hui un outil d’affirmation de soi. Les clichés de Gaëlle Matata immortalisant Miss Cagole 2024, Lisa Granado, illustrent « un nouveau modèle sociétal à l’heure de #MeToo ».
L’artiste iranien exilé Alireza Shojaian, quant à lui, propose une vision queer et sensible de la masculinité. Avec son modèle Sharok, militant LGBTQIA+ et travailleur du sexe à Los Angeles, il signe un portrait percutant où s’affiche sur le torse le slogan « Femmes, vie, liberté ».
Une histoire ancrée dans Marseille
Le tatouage inspire aussi les créateurs de mode. L’exposition présente une robe de Yacine Aouadi portée par Cate Blanchett à Cannes en 2015, ainsi qu’un vêtement signé Jean-Paul Gaultier, illustrant l’appropriation de cet art par la haute couture.
Installée au cœur du quartier du Panier, l’exposition rend hommage à l’ancrage marseillais du tatouage. Dès l’entrée, les visiteurs découvrent les outils de Monick, première tatoueuse professionnelle de la ville, active de 1970 à 2016.
Le maire Benoît Payan salue « le rapport charnel entre Marseille et le tatouage » et se félicite de la richesse des prêts obtenus : musée du quai Branly à Paris, Rijksmuseum à Amsterdam, Glyptothek de Munich ou encore musée national d’histoire de l’Ukraine à Kiev.









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