Écoulée dans le sud-est de la France, la cocaïne semblait parvenir en « go fast » depuis Paris, transportée par chargements de 15 à 20 kilos. Mercredi, le tribunal correctionnel de Marseille s’est attelé à décrypter ce vaste trafic international de stupéfiants, impliquant 22 prévenus jugés jusqu’au 21 mars.

Après deux journées consacrées à l’examen des profils des accusés, certains étant poursuivis notamment pour « importation de stupéfiants en bande organisée », « association de malfaiteurs en vue de l’exportation de produits stupéfiants en bande organisée » ou encore « blanchiment », le tribunal a entamé mercredi l’analyse des faits qui leur sont reprochés, s’étendant de fin juin 2018 à mi-septembre 2020.

La présidente s’est penchée sur le rôle de supposés clients-revendeurs, installés dans le Var et les Alpes-Maritimes, et liés à Patrick Viegas, 36 ans. Considéré comme la tête de ce réseau structuré de revente de résine de cannabis et de cocaïne, ses ramifications s’étendaient jusqu’en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique et en Italie, où il entretiendrait des liens avec la mafia calabraise de la ‘Ndrangheta.

Reprenant les déclarations faites lors de l’enquête, Fabien P., 41 ans, a reconnu s’approvisionner exclusivement auprès de M. Viegas, rencontré en détention en 2013. Tous les deux mois environ, il récupérait de la cocaïne auprès de son fournisseur. Carrure imposante, ce prévenu, qui a notamment travaillé dans le bâtiment, a détaillé ses « rendez-vous sur un parking à Grasse ».

À raison de 50 grammes de cocaïne achetés tous les deux mois pour 1.750 euros, puis revendus 50 euros le gramme à une poignée de clients fidèles, Fabien P. réalisait un bénéfice compris entre 500 et 700 euros. Lorsqu’il ne s’approvisionnait pas directement auprès de Patrick Viegas, c’est Rémy Elisa, supposé être son bras droit, qui prenait le relais. Plusieurs écoutes ont permis de retracer ces échanges.

Parmi les autres acheteurs supposés de Patrick Viegas, Pierre C., 74 ans, a reconnu à la barre avoir rejoint, dès fin 2016 ou début 2017, « un petit trafic de stupéfiants » pour pallier ses difficultés financières, à une période où son épouse était au chômage.

Il admet avoir eu « cinq-six clients » réguliers, tous enregistrés dans son téléphone, et écoulait environ « 30 grammes dans le mois, pour environ 700 euros » de bénéfice : « Je l’achetais 40 euros (le gramme), je la revendais 60, de la cocaïne exclusivement », précise-t-il, tout en évitant de nommer son fournisseur.

« J’ai toujours été un petit dealer, toxico notoire », se défend-il, assurant ne pas avoir de lien avec les autres prévenus. « Là, je me retrouve dans un bourbier, je n’ai rien à voir. »

Fabien P., lui, avait déclaré au juge d’instruction que « Viegas ne faisait pas dans le détail » (NDLR : vente au détail), faisant référence à une conversation enregistrée par les enquêteurs en octobre 2019 : « Je suis au courant que l’équipe rapport(ait) des stupéfiants de Paris vers ici, en +go fast+, 15/20 kg », avait-il expliqué lors de l’enquête, laissant transparaître une certaine connaissance du mode opératoire de son fournisseur.

« Je ne fais que des déductions », a-t-il cependant assuré mercredi devant le tribunal, affirmant ignorer la composition exacte de cette « équipe ».

« 15 à 20 kilos de cocaïne, ça me paraît un peu gros », a réagi Patrick Viegas à la barre. « Un kilo oui, c’est possible », a-t-il concédé, avant d’admettre, sous les questions insistantes de la présidente Clémence Heinemann, avoir déjà transporté 4 à 5 kilos.

Pourtant, lors d’une conversation enregistrée en avril 2020, il déclarait à Fabien P. : « Dans le mois, je fais facile 10 à 15 k (NDLR : kilos) de zipette (NDLR : la cocaïne) », pour « 45.000/50.000 par mois ».

Même son ex-avocate, avec qui il entretenait alors une relation, semblait sceptique quant à la version du petit revendeur. « Pour moi, c’est pas un petit dealer, on est sur un mec qui fait des quantités importantes », avait-elle déclaré aux enquêteurs. Un propos accablant, exhumé mercredi par la présidente.

(Avec AFP)

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Passionné de cinéma, de littérature américaine et de balades en Italie. Diplômé d'un bachelor en journalisme depuis 2019, Niçois depuis 2012 !

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