Avec l’ouverture de deux nouveaux comedy clubs depuis janvier, dont l’un lancé par Gad Elmaleh, Marseille ambitionne de devenir un nouveau refuge pour les stand-uppers du Sud, tout en posant les bases d’une professionnalisation accrue du métier, en marge d’un Paris saturé par la concurrence.
« Je n’avais pas imaginé au départ que ça allait être à Marseille », reconnaît Gad Elmaleh. Quelques semaines avant l’inauguration de son comedy club parisien installé à la place de l’ancien cabaret « Michou », l’humoriste a choisi le Vieux-Port pour y implanter le « Vig’s », à quelques pas du « Comédie Club-Vieux Port », soutenu par Kev Adams.
L’arrivée du « Marseille Comedy Club » début avril porte désormais à cinq le nombre de comedy clubs dans la cité phocéenne. Une multiplication bienvenue, qui laisse entrevoir la possibilité d’un ancrage local solide pour les artistes, leur évitant de devoir systématiquement migrer vers la capitale.
« C’est l’écosystème qui est important pour les comiques (…): il faut qu’ils aillent dans les autres salles parce qu’ils vont être meilleurs, il faut qu’ils gagnent leur vie aussi », explique Gad Elmaleh.
Du jeudi au dimanche, le Vig’s accueille sur scène quatre à cinq humoristes issus de Marseille ou de la région. Le week-end, un invité venu de Paris, de Suisse, de Belgique ou du Québec vient compléter la programmation.
Pour Gabrielle Giraud, figure montante du stand-up local, cette initiative apporte un véritable éclairage sur la ville. « Des artistes de Paris viennent jouer à Marseille puisque Gad les invite et cela crée une dynamique qui est assez cool, l’eau du bassin se change un petit peu », analyse celle dont les spectacles affichent complet depuis un an.
« Moi qui ai commencé il y a trois ans, j’ai vu une multiplication des salles, des lieux dans lesquels on peut s’exercer, faire du stand-up », poursuit-elle, tout en nuançant que « cela se structure doucement ».
Mais, précise-t-elle, « à Marseille, il n’y a pas de producteurs qui viennent nous voir, tout se passe encore à Paris » et même avec cinq comedy clubs, « ce n’est pas énorme par rapport au nombre d’artistes, même si on a l’impression que ça pousse comme des champignons. À Paris, il y en a quarante ».
« Ma génération, quand on a commencé, on jouait une fois par mois et on était heureux. À Paris, il y en a qui jouent huit à dix fois par soir. Mais si on arrive déjà à faire en sorte qu’en une semaine à Marseille, un artiste puisse jouer tous les soirs, on aura franchi un pas incroyable », estime Sébastien Meï. Cofondateur du « Garage Comedy Club » en 2021, il a depuis lancé le « Marseille Comedy Club », doté d’une salle de 140 places, la plus grande de la région.
Il entend ainsi professionnaliser un secteur encore largement régi par le principe du chapeau. « Il y a cinq ans, quand j’ai ouvert le Garage, le premier objectif c’était de faire connaître le stand-up au public marseillais. L’étape de maintenant, c’est de faire comprendre qu’aller voir du spectacle vivant, ça a un coût. Comme aux matchs de l’OM, on paye nos places parce que derrière, il y a une économie », défend-il.
Une économie qui commence dès les cours proposés par les comedy clubs aux aspirants humoristes.
« On nous parle beaucoup de talent, et c’est vrai qu’il y a des gens qui naissent drôles, (…) mais faire une blague, ça s’apprend, il y a une vraie technique derrière », confie Lisa Mapola, 30 ans, humoriste et formatrice à L’Art Dû, un lieu emblématique de la scène locale où de nombreux artistes ont fait leurs premiers pas.
« C’est dans la culture marseillaise de beaucoup rire, de se vanner, après la scène est un exercice quand même différent », note Thibaut Rivière, dont la société de production collabore avec la programmation du Vig’s.
« Ce que disent souvent les Marseillais, c’est que le but c’est de ne plus avoir besoin d’aller à Paris pour réussir, parce que Paris est un peu noyé par tous les comedy clubs, alors qu’ici c’est naissant, et on sent aussi que le public a l’appétit », conclut-il. Un public « particulièrement bouillant », confirme Gabrielle Giraud.
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(Avec AFP)



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