Inconnue dans son propre pays jusqu’à sa mort, Goliarda Sapienza est devenue culte en France grâce à L’Art de la joie. Un roman rejeté par les éditeurs italiens, porté à bout de bras par un passionné, et qui inspire aujourd’hui un film présenté à Cannes.

Comment un chef-d’œuvre italien a failli ne jamais voir le jour

Goliarda Sapienza n’a jamais connu la reconnaissance de son vivant. Son roman L’Art de la joie, terminé en 1976, est resté lettre morte en Italie. Ce n’est qu’en 2005, avec sa traduction française aux éditions Viviane Hamy, que le texte est enfin salué à sa juste valeur.

« C’est un chef-d’œuvre qui était tellement mauvais pour les éditeurs italiens qu’ils n’ont pas voulu le publier du vivant de l’autrice », se souvient Frédéric Martin, l’éditeur français qui l’a défendu. « Je suis allé voir des libraires en disant : je sais que vous avez beaucoup de travail, mais ce livre-là, j’ai besoin que vous le lisiez, parce que je crois que c’est un truc à part. J’ai fait ça un an avant la parution. »

Progressivement, les libraires s’emparent du livre. Le déclic viendra d’Anne Crignon, journaliste au Nouvel Observateur. « Elle m’a appelé le 14 août, je crois, en me disant : que j’appelle à Saint-Malo, à Clermont-Ferrand ou à Paris, les libraires me parlent du même livre. C’est quoi L’Art de la joie ? » se remémore Frédéric Martin. « Là, j’ai pleuré parce que j’ai compris que c’était gagné. »

Un destin littéraire brisé par l’indifférence italienne

La première édition italienne de 1994, incomplète, passe inaperçue. À sa mort en 1996, à 72 ans, Goliarda Sapienza peut croire que son œuvre monumentale est vouée à l’oubli. Son héroïne, Modesta, femme libre, rebelle, ouvertement bisexuelle, dérange l’Italie conservatrice.

Son histoire rappelle celle de l’Américain John Kennedy Toole, dont le roman La Conjuration des imbéciles fut publié après son suicide. À la différence que, pour Sapienza, c’est son époux, l’acteur Angelo Pellegrino, qui engage les frais d’une publication à compte d’auteur, en 1998, chez Stampa Alternativa.

Un bouche-à-oreille français qui change tout

La reconnaissance viendra donc de l’étranger. Après une édition allemande en deux volumes (2005 et 2006), la France s’empare du roman. La traductrice Nathalie Castagné joue un rôle central. « Transport immédiat. J’ai été saisie, véritablement emportée », confiait-elle au Monde en 2024. Sa passion convainc éditeur et libraires.

Presque trente ans après sa mort, l’autrice est mise à l’honneur au Festival de Cannes. Le film Fuori, présenté mardi, s’inspire d’un autre de ses livres, centré sur sa détention en 1980 pour vol. Une existence entière marquée par la marginalité, le refus des normes, et une immense liberté.

Avec AFP

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Passionné de cinéma, de littérature américaine et de balades en Italie. Diplômé d'un bachelor en journalisme depuis 2019, Niçois depuis 2012 !

1 Commentaire

Oui, c’est intéressant sur le plan historique,on assiste à l’évolution de l’Italie et plus particulierement de la Sicile,depuis la guerre de14,en passant par la montée du fascisme jusqu’à la 2 e guerre mondiale et sa fin et l’avènement d’un ordre nouveau,décevant aux yeux de ceux qui ont rêvé un monde plus juste. Mais un livre pas toujours facile à lire:on n’identifie pas toujours le locuteur( problème de traduction?ou volonté de l’auteur de rester dans la confusion d’une vie riche en rebondissements?), les incursions constantes du passé dans le présent de l’héroine sans aucune césure repérable pour le lecteur. C’est donc… Lire la suite »