Le spectre de l’unilatéralisme a plané sur le premier jour de la conférence mondiale sur les océans à Nice, où les dirigeants ont défendu avec force le multilatéralisme pour protéger les mers du globe.
Sans jamais le nommer, l’intention affichée de Donald Trump d’autoriser unilatéralement l’exploitation des fonds marins a cristallisé les inquiétudes dès l’ouverture du sommet.
Macron appelle à la mobilisation pour des océans « en ébullition »
Emmanuel Macron a donné le ton dès son discours inaugural à la conférence coorganisée par la France et l’ONU. Il a appelé à la « mobilisation » face à des océans en « ébullition ».
Plus de 60 dirigeants sont présents à Nice, notamment du Pacifique et d’Amérique latine. Le président français a insisté : « Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland, l’Antarctique ou la haute mer ».
Il a renouvelé son appel à un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins, soutenu à ce jour par 33 pays.
Un consensus contre le « Far West » des abysses
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a dénoncé à son tour une dérive vers un « Far West » des grands fonds, en référence à la volonté de Trump d’exploiter les métaux rares du Pacifique sans cadre multilatéral.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a aussi mis en garde contre une nouvelle ère d’unilatéralisme en mer : « Nous ne pouvons pas permettre qu’il arrive à l’océan ce qui est arrivé au commerce international. »
Il a demandé des « actes clairs » de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) pour mettre fin à cette « course prédatrice » aux ressources sous-marines stratégiques.
Le Sud demande des preuves concrètes d’engagement
Pour les petits États insulaires, les discours ne suffisent pas. Le président des Palaos, Surangel Whipps Jr, a exhorté les pays riches à « prouver » leur engagement en allégeant la dette des pays du Sud, afin de leur permettre d’investir dans l’adaptation climatique.
« Pour nous, l’océan n’est pas qu’une ressource. C’est notre culture, notre économie, notre survie », a-t-il martelé.
Traité sur la haute mer : « c’est gagné », affirme Macron
Concernant le traité sur la haute mer, signé en 2023 pour protéger la biodiversité au-delà des 370 km des côtes, Emmanuel Macron a affirmé que sa mise en œuvre était désormais acquise.
Une cinquantaine de pays l’ont déjà ratifié et « quinze autres se sont formellement engagés », selon l’Élysée. Le traité entrera en vigueur 120 jours après la 60e ratification.
Greenpeace a salué une avancée majeure, tout en restant prudente : « Nous ne le croirons qu’une fois les 60 ratifications officiellement déposées. »
Aires marines protégées : des annonces, mais peu de contraintes
De nouvelles aires marines protégées devraient être annoncées pendant le sommet. La France a déjà interdit le chalutage de fond dans certaines zones samedi, mais cela ne concerne que 4 % des eaux métropolitaines, soit 15 000 km².
Le Royaume-Uni prévoit de frapper plus fort : Londres annoncera l’interdiction du chalutage dans la moitié de ses aires protégées, couvrant 30 000 km².
Le chalutage de fond, dénoncé dans le documentaire « Ocean » de David Attenborough, est accusé de détruire les habitats marins sensibles comme les herbiers et les coraux.
Objectif international : 30 % d’océans protégés d’ici 2030. Mais à ce jour, seuls 8,36 % sont réellement protégés, et souvent sans interdictions claires. Chaque pays décide de son propre niveau de « protection ».
Avec AFP





