À peine refermée la parenthèse des congrès politiques du printemps, les partis se projettent déjà vers les élections municipales. De Bordeaux à Montpellier, en passant par Paris et Versailles, les états-majors sondent les rapports de force et affûtent leurs stratégies. L’extrême droite, de son côté, prend une longueur d’avance sur le terrain.
L’unité rêvée n’est pas chose aisée. À Bordeaux, la situation illustre à elle seule les tensions au sein du « bloc central », déterminé à reprendre les rênes de la municipalité.
À Bordeaux, les ambitions fissurent l’union macroniste
La disparition soudaine, en début d’année, du maire sortant LR Nicolas Florian, ancien dauphin d’Alain Juppé, a bouleversé les équilibres. Thomas Cazenave, député macroniste adoubé « pilote municipal » par Renaissance, multiplie les apparitions dans la presse. Pendant ce temps, Nathalie Delattre, ministre du Tourisme issue du Parti radical, affiche clairement sa candidature. Sur ses réseaux, elle s’affiche aux côtés de Marc Lafosse, le « chef de file » d’Horizons à Bordeaux.
Alors que le parti de Gabriel Attal doit commencer à investir ses candidats à partir du 30 juin dans les communes de plus de 30.000 habitants, une question se pose : mettra-t-il ses alliés devant le fait accompli ?
Versailles, laboratoire d’accords ou terrain de confrontation ?
À Versailles, bastion traditionnel des Républicains, les tractations ont été confiées à Charles Rodwell, député Renaissance, et Jean-Noël Barrot, ministre centriste des Affaires étrangères. Officiellement, il s’agit de discuter d’un accord départemental pour les Yvelines, sous l’œil attentif des figures locales Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet.
Mais le camp de Bruno Retailleau, récemment sorti renforcé de son congrès, reste prudent. À Paris, c’est Agnès Evren, patronne de la fédération locale, qui a été chargée du dossier. Un choix loin d’être anodin pour Rachida Dati, longtemps favorite des sondages et réputée proche de l’Élysée.
Dans la capitale, Renaissance temporise, et repousse toute décision à « la fin de l’été », tandis que Pierre-Yves Bournazel (Horizons) affiche ses ambitions, fort du soutien d’Édouard Philippe.
À gauche, désunion affichée et calculs locaux
Du côté de la gauche, l’ambiance n’est guère plus sereine. À Paris, les socialistes trancheront le 30 juin entre Emmanuel Grégoire et Rémi Féraud pour affronter dès le premier tour David Belliard (EELV) et Ian Brossat (PCF). Une stratégie qui pourrait permettre une recomposition au second tour, malgré un probable candidat LFI pour brouiller les cartes.
Ce scénario pourrait bien se répéter ailleurs. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, récemment reconduit de justesse, a tranché : il n’y aura « pas d’accord national avec les Insoumis ». Mais Johanna Rolland, maire de Nantes et proche de Faure, nuance : des ententes « au cas par cas » restent envisageables.
LFI s’attaque aux sortants, les Verts sur la défensive
Encore faut-il que Jean-Luc Mélenchon accepte la main tendue. Or, la stratégie insoumise vise délibérément les bastions socialistes, notamment à Marseille, Rennes ou Montpellier, en appelant régulièrement les écologistes à clarifier leur position.
Cette tactique fait peser une menace sur les villes conquises par EELV en 2020, comme Lyon ou Strasbourg. Pour éviter la dispersion, les Verts comptent sur Marine Tondelier et son bureau politique, chargé de « faciliter les stratégies locales et d’ouvrir des discussions (…) avec les partenaires politiques dans les villes de plus de 100.000 habitants ».
L’extrême droite avance ses pions sans obstacle
De leur côté, les candidats du Rassemblement national prennent de l’avance. Investitures après investitures, le parti quadrille le territoire : de Reims à Saint-Étienne, de La Seyne-sur-Mer à Saint-Nazaire. À Toulon, la députée et porte-parole Laure Lavalette est prête à se lancer, tandis qu’à Marseille, Franck Allisio est officiellement en lice.
Une stratégie fluide et sans réelle concurrence. « Une trentaine de villes » sont réservées à leurs partenaires de l’UDR, selon un cadre proche d’Éric Ciotti, dans le cadre d’un « accord global ». À Nice, l’intéressé entretient un (très léger) suspense autour du duel annoncé face à son rival Christian Estrosi.
Avec AFP






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