Au pied de la montagne Sainte-Victoire, entre paysages viticoles et oliveraies, résonnent des bruits inattendus : ceux de primates élevés depuis des décennies dans un centre scientifique discret, dédié à la recherche en laboratoire.
Gérée par le CNRS, cette station de primatologie attire l’attention des défenseurs des animaux depuis l’annonce d’un projet visant à tripler d’ici 2029 la population de primates accueillis pour atteindre 1.800 individus.
Selon l’association One Voice, il s’agit d’un « projet à rebours de l’histoire », alors que l’Europe souhaite réduire progressivement l’usage de l’expérimentation animale, même si aucun objectif clair n’a été fixé. Les tests sur les cosmétiques sont, eux, proscrits depuis 2013.
Pour expliquer sa démarche, le centre a multiplié les réunions publiques et a exceptionnellement ouvert ses installations à l’AFP.
Situé entre une aire d’autoroute et une déchetterie, dissimulé dans la pinède et protégé par des barbelés sans indication visible, le site s’étend sur sept hectares.
Après des contrôles de sécurité renforcés, divers enclos de tailles variées, de 12 à 250 mètres carrés, abritent environ 300 babouins olives, 60 babouins de Guinée, 130 macaques rhésus et 120 marmousets, tous nés en captivité.
Dans l’un des espaces, entre blocs rocheux et troncs, un couple de babouins s’épouille, tandis que plus loin, Babar, âgé de 20 ans, observe calmement Bibi et Faustine, ses femelles reproductrices porteuses d’implants contraceptifs, et Vanille, 11 mois, qui bondit sur une balançoire en bois.
Un projet d’expansion stratégique au cœur d’un débat sur la recherche et le bien-être animal
Créé en 1978, le centre se consacrait d’abord à l’élevage de chats avant de se tourner vers les primates. Il fait aujourd’hui partie des trois principales structures publiques françaises, aux côtés de Strasbourg (Silabe) et Brunoy (CREMm), à produire des singes destinés aux expérimentations scientifiques.
« Nos singes ne sont utilisés qu’en recherche académique et non clinique », affirme Ivan Balansard, référent éthique du CNRS. Ils sont destinés notamment à l’Inserm, l’Institut Pasteur, au CEA et au CNRS.
Des collaborations avec des acteurs privés existent, mais restent très limitées, selon Alexia Cermolacce, vétérinaire et directrice du centre.
Une enveloppe publique de 31 millions d’euros doit permettre au futur Centre national de primatologie de tripler ses capacités d’ici 2029, un enjeu de « souveraineté de la France en recherche » selon le CNRS.
Jusqu’à récemment, la France et l’Europe dépendaient d’importations africaines et chinoises, interrompues depuis le Covid-19, ce qui a fait grimper les prix d’un primate entre « 15.000 » et « 20.000 » euros, des coûts difficiles à assumer pour le secteur public.
Claire Dulière, de One Voice, critique un projet qu’elle voit comme guidé par une logique de rentabilité, puisqu’il faudra justifier l’usage de fonds publics. « C’est un projet tout sauf lucratif », répond Ivan Balansard, tandis qu’Alexia Cermolacce assure que les futurs macaques cynomolgus seront vendus « à prix coûtant », entre « 8.000 » et « 10.000 » euros.
Ce développement local garantirait aussi un meilleur contrôle des conditions de vie des animaux, qui disposeraient chacun d’une surface moyenne de 1,49 m², soit le double des normes européennes.
Le sénateur écologiste Guy Benarroche s’interroge : « Pourquoi dépenser autant d’argent alors que l’Europe s’est engagée à développer des expériences non-animales ? » Il déplore également un manque de transparence autour du projet.
Accusé par One Voice d’être l’un des pays recourant le plus aux tests sur primates, le CNRS rappelle que les États-Unis en utilisent 60.000 par an, et que la Chine comptait 240.000 spécimens en 2021 répartis dans 57 centres d’élevage.
En France, environ 3.500 singes ont servi en 2023 dans des recherches en neurosciences, immunologie ou pour des phases précliniques de tests pharmaceutiques. La plupart ont été euthanasiés pour leur éviter une souffrance excessive.
Les avancées technologiques comme les organes sur puce, les organoïdes, les modélisations numériques ou l’intelligence artificielle ont permis de réduire de 3,8% l’usage d’animaux entre 2022 et 2023, pour atteindre environ 2 millions, dont 1,4 million de souris.
Cependant, « ces modèles de substitution ne peuvent récapituler la complexité d’un organisme vivant », rappelaient en 2021 plusieurs Académies nationales. Des traitements et vaccins majeurs contre la polio, Ebola, le VIH ou Parkinson ont été testés sur des primates.
Malgré tout, ces pratiques restent mal perçues, puisque selon un sondage Ipsos de 2023 commandé par One Voice, 74% des Français se déclarent opposés à l’expérimentation animale.
Avec AFP






Nous ne sommes pas suffisamment informés sur ces laboratoires qui pratiquent des expérimentations sur les animaux et notamment les singes
C’est indigne d’un pays comme le notre qui se dit défenseur des animaux même pour une « bonne cause »
La recherche n’a t’elle pas d’alternative ????
Non, il n’y a pas d’autres alternatives pour l’instant. . soit on laisse les humains mourir de maladies qui peuvent être soignées comme Parkinson, et les singes ne seront plus utilisés, soit on continue la recherche avec cet inconvénient. Ce n’ est pas une question d’indignité. Si la France arrête, les pays comme la Chine ou les États Unis n’arreteront pas et feront payer très cher leurs résultats. C’est grâce aux chercheurs que nous avons beaucoup de médicaments, de vaccins .… Et que les individus peuvent être soignés.