La justice réclame la fermeture définitive du Marché du Soleil à Marseille et quatre ans de prison avec sursis contre son fondateur de 81 ans. Des dizaines de millions d’euros d’amendes planent sur les gestionnaires, accusés d’avoir transformé l’institution en un épicentre régional de la contrefaçon.
Les allées bruyantes du célèbre bazar oriental de Marseille pourraient bientôt résonner d’un silence définitif. La procureure Anne-Sophie Larrouy appelle à sonner le glas de cet espace commercial emblématique.
Créé il y a 40 ans et immortalisé en chanson par le groupe Massilia Sound System en 2007, le lieu fait aujourd’hui face à une demande de fermeture judiciaire totale. La magistrate exige également la confiscation de l’ensemble immobilier, un bien évalué à plus de 2,6 millions d’euros.
Le crépuscule d’un empire du faux
Au centre du dossier figure Georges Dahan, le fondateur âgé de 81 ans. L’accusation réclame contre lui quatre ans de prison avec sursis et une amende de 30.000 euros avec sursis.
Le basculement remonte à la fin de la crise du Covid. Les imitations ont alors envahi les étals pour représenter 70% des ventes globales, transformant le site en « un monstre nourricier et lucratif », selon la magistrate.
Les 170 box-boutiques généraient environ 150.000 euros de loyers par mois. Pour la procureure, l’octogénaire est « le patriarche omnipotent, n’a rien fait pour endiguer la contrefaçon qu’il a laissé se développer ». Elle qualifie cet intéressement financier de « plan de fraude. »
La défense, par la voix de Me Stéphane Ceccaldi, met en avant « une perte de contrôle [par Georges Dahan] liée au déclin physique et psychologique d’un homme qui au lieu de s’arrêter à 65 ans a continué jusqu’à 81 ans. »
L’avocat fustige par ailleurs l’attitude des vingt-huit grandes marques du textile et du parfum. Il estime qu’elles « viennent battre monnaie » et qualifie leur démarche de « la tartufferie. »
L’entourage dans le viseur de la justice
Le tribunal scrute minutieusement le rôle de la gestionnaire du marché, visée par des réquisitions de trois ans de prison avec sursis. Considérée par le parquet comme l’un des « bras armés » du patron, elle agissait avec deux gardiens risquant de leur côté 18 et 30 mois avec sursis.
« La gérante dit qu’elle luttait contre la contrefaçon et qu’elle n’a rien pu faire, mais pourquoi aurait-elle tué la poule aux œufs d’or ? » s’interroge publiquement Anne-Sophie Larrouy.
En face, Me Thomas Hugues plaide la relaxe en rappelant l’ampleur de la tâche : il « a fallu trois cents douaniers, pendant une semaine, pour venir à bout de la contrefaçon au Marché du Soleil, comment aurait-elle fait seule ? »
Quatre frères du propriétaire font également l’objet de réquisitions de prison ou d’amendes avec sursis. Selon l’accusation, ces hommes « ont voulu sauver le mur porteur » de la famille, tout en percevant des dividendes versés par la société AMG Promotion.
Des millions d’euros de sanctions réclamées
Les ramifications de cette économie parallèle s’étendent à la sphère publique. Deux des frères ont monnayé les services d’une agente administrative de la préfecture pour tenter de lever une fermeture temporaire. Quinze mois avec sursis et une interdiction définitive de la fonction publique sont requis contre cette employée.
Une peine similaire d’interdiction professionnelle vise trois policiers municipaux marseillais. Selon le ministère public, ces agents s’étaient transformés en protecteurs de la gérante, formant « sa garde rapprochée. » Une corruption payée avec des paires de baskets contrefaites.
L’impact économique global donne le vertige. La préfecture de police avait déjà imposé six mois de fermeture en février après la saisie de 200.000 articles, d’une valeur estimée à 42 millions d’euros.
Les Douanes exigent désormais plus de 84 millions d’euros d’amendes. Ce chiffre astronomique correspond à la valeur des biens saisis depuis 2023 et au total des sommes blanchies.
Les groupes français du luxe demandent eux aussi d’importants dommages et intérêts. Comme le souligne l’une de leurs avocates pour marquer l’aspect historique du dossier, « c’est la première fois qu’un marché d’une telle ampleur est démantelé ».
Nice-Presse avec dépêche






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