Le mercure grimpe en flèche avant le grand départ prévu samedi à Barcelone, obligeant la direction du Tour de France à anticiper une vague de chaleur redoutable sur l’asphalte. Entre des centaines de milliers de litres d’eau prévus pour la foule et l’assouplissement du règlement pour les cyclistes, l’organisation déploie un véritable bouclier thermique. Face à une météo implacable, la sauvegarde du public et des forçats de la route s’impose comme le défi majeur des prochaines semaines.
Le macadam risque de bouillonner sous les fins boyaux des vélos et la sueur perlera inévitablement sur les fronts des spectateurs massés sur les talus. Le réchauffement climatique s’invite brutalement dans la grand-messe de juillet.
À l’approche de la ligne de départ, la direction de la course prend l’entière mesure d’un environnement atmosphérique devenu hostile. La menace d’un soleil écrasant planant sur les trois semaines de compétition impose un pragmatisme immédiat à tous les échelons de la caravane.
L’urgence absolue consiste à éviter le malaise vagal généralisé, autant sur la selle que derrière les barrières de sécurité. « On connaîtra d’évidence de fortes chaleurs sur le Tour de France. La protection des coureurs et du public est pour nous capitale. Le maître mot est de s’adapter », explique Christian Prudhomme.
Sous un soleil de plomb
L’exposition prolongée des amateurs de cyclisme au bord des routes départementales suscite une vigilance accrue, impliquant des échanges constants avec les préfectures des territoires traversés.
Les chiffres d’approvisionnement donnent le vertige. La machinerie déploie un arsenal colossal pour rafraîchir les gosiers asséchés et protéger les têtes nues de l’insolation.
« La caravane du Tour c’est 2,5 millions de couvre-chefs, 550.000 canettes distribuées et nous avons par ailleurs 400.000 litres d’eau emportés en bouteille. Bien évidemment que la prévention, les messages de bon sens sont capitaux et on va les répéter inlassablement : que les gens viennent avec un chapeau, qu’ils aient de l’eau, qu’ils fassent particulièrement attention aux enfants et aux grands-parents », martèle le patron de l’événement.
Le peloton protégé par un protocole renforcé
Les athlètes engagés dans la bataille sportive disposent d’un filet de sécurité réglementaire. Le curseur des autorisations va bouger en fonction du taux d’humidité, de la violence d’Éole et de la vitesse de progression de la meute.
« Pour les coureurs, il y a un protocole températures extrêmes mis en place par l’Union cycliste internationale (UCI) et qui s’applique en fonction de la température, du taux d’humidité, du vent, de la vitesse des coureurs. Il est possible d’avoir plus de ravitaillements. Les délais d’élimination peuvent être revus dans un sens beaucoup plus large pour éviter que les coureurs lâchés n’aient à fournir des efforts démesurés », détaille-t-il.
La rudesse estivale n’est pas une découverte pour ces professionnels de l’effort continu, déjà habitués aux climats étouffants dès l’entame de l’année.
« Les coureurs sont habitués aux grosses chaleurs. Le Tour Down Under (en Australie, NDLR) début janvier connaît chaque année des températures caniculaires à 40 ou 42 degrés. Après, je ne parle pas de dix jours consécutifs à 40 degrés, bien évidemment », nuance le responsable.
La logistique empêche de modifier les horaires
L’idée de lancer les étapes aux aurores pour esquiver la fournaise de midi se heurte à un mur administratif et sécuritaire. L’emploi du temps des forces de l’ordre verrouille totalement le planning.
« Il faut bien avoir conscience que 28.000 policiers, pompiers, gendarmes sont mobilisés et qu’on n’est pas chez nous sur les routes. Les autorisations, on les a pour une certaine heure. Ce ne sont pas des choses qui se font au dernier moment. Tu peux faire quinze kilomètres de moins ou partir une demi-heure plus tôt. Mais ça ne se fait qu’à la marge. », justifie la direction.
Fuir certains territoires sudistes ou modifier le calendrier hivernal ne règlerait d’ailleurs pas l’équation climatique globale. « La difficulté c’est que le réchauffement s’exerce partout. Il ne suffit pas de ne pas aller dans tel ou tel département du sud pour qu’il fasse moins chaud. Même chose pour les saisons : on a eu une première vague de chaleur et c’était fin mai… », constate amèrement Christian Prudhomme.
Des tracés ne dépassant plus 205 kilomètres ont d’ailleurs été actés « dans un premier temps pour une raison d’intérêt sportif, mais qui peut l’être maintenant aussi pour une raison de climat ».
Les concepteurs du parcours s’orientent vers des routes plus feuillues, à l’image de la montée du Haag programmée le 18 juillet en Alsace. Ce secteur ombragé devient « emblématique de ce que pourra être le Tour de France de demain, sachant qu’il n’est bien évidemment pas question de dire qu’il n’y aura plus de Ventoux, d’Alpe d’Huez, de Galibier ou de Tourmalet. »
Bouleverser la matrice nécessiterait un accord de toute la galaxie sportive. « Quelles que soient les décisions qui seraient prises à l’avenir, c’est une décision qui concerne tout le monde du cyclisme et bien au-delà. Car le Tour de France est le pivot de la saison. C’est à partir de lui que toute la saison s’organise », tranche le dirigeant.






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