Lundi soir, une attaque à l’engin explosif a grièvement blessé un richissime homme d’affaires d’origine ukrainienne et deux membres de sa famille au cœur de Monaco. Cet événement spectaculaire vient percuter de plein fouet l’image de havre de paix hyper-sécurisé qu’affiche habituellement la principauté. L’incident détonne sur ce territoire de deux kilomètres carrés où l’essentiel de la criminalité relève traditionnellement de la délinquance en col blanc.
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Les reflets dorés du luxe azuréen ont soudainement laissé place au fracas. Lundi soir, l’explosion d’un engin a grièvement blessé un richissime homme d’affaires d’origine ukrainienne ainsi que deux membres de sa famille. Cet acte d’une rare violence percute directement l’image de ce microscopique royaume des casinos et des voitures de sport. Le territoire escarpé de deux kilomètres carrés affiche habituellement la réputation d’un cadre de vie particulièrement sûr.
Une forteresse bousculée par l’explosion
Avec ses services de sécurité en nombre et son système de vidéosurveillance perfectionné, le micro-État se présente traditionnellement comme un havre de paix. Sur la Riviera française, les vols de montres de luxe sont très fréquents, mais ils restent totalement inconnus ici.
L’essentiel de la criminalité locale relève généralement de violences intra-familiales, d’abus de faiblesse ou de délinquance en col blanc, d’après le procureur général. Quelques braquages étaient venus troubler cette quiétude ces dernières années, mais jamais une telle attaque.
Ce drame survient dans une enclave où les trois quarts des moins de 40.000 habitants sont de nationalité étrangère. Les résidents s’y installent pour le climat méditerranéen, les restaurants étoilés et l’absence d’impôt sur les revenus. Seuls les Français et les Américains restent imposables dans leur pays d’origine.
Une concentration de richesses vertigineuse
Attirant oligarques et exilés fiscaux au bord de la Méditerranée, la principauté brasse des sommes colossales. Son PIB a dépassé le cap des 10 milliards d’euros pour la toute première fois en 2024.
Porté par des chantiers incessants, le marché immobilier y est le plus cher du monde, offrant des vues spectaculaires sur la grande bleue. L’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) relève un prix médian de 22 millions d’euros pour les 101 logements neufs vendus l’an dernier.
Autant d’argent sur un si petit espace, comptant seulement un quart de Monégasques, a de quoi faire tourner les têtes. Le luxe s’affiche de manière ostentatoire, des vitrines de boutiques aux parures des passants.
Les médias relaient d’ailleurs régulièrement les extravagances locales, à l’image du Grand Prix de Formule 1 qui déplace le Bottin mondain. En avril dernier, Bloomberg dévoilait l’achat d’un appartement de cinq étages par Rinat Akhmetov.
L’homme le plus riche d’Ukraine a déboursé 471 millions d’euros pour ce bien situé dans un complexe très en vue. L’agence qualifiait alors cette opération de « une des plus importantes transactions immobilières de l’histoire ».
Transparence financière et tourmentes internes
Face à de tels flux, les banques installées sur place gèrent 171 milliards d’euros d’actifs. Les scandales à répétition et les pressions internationales obligent désormais les autorités à accentuer fortement la lutte contre le blanchiment ou la corruption.
Dès juillet 2005, lors de son discours d’avènement, le prince Albert II rappelait publiquement sa ligne de conduite : « Argent et vertu doivent se conjuguer en permanence ».
L’adhésion monégasque au Conseil de l’Europe en 2004 avait amorcé une nécessaire modernisation de la législation, souvent menée au pas de course. Le petit État reçoit d’ailleurs les visites régulières des experts de Moneyval et du Greco, tandis que ses décisions judiciaires peuvent être portées devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
Malgré la sortie de toutes les listes de paradis fiscaux à la fin des années 2000, le territoire a subi un revers récent. En juillet 2024, le Groupe d’action financière (Gafi) l’a inscrit sur sa « liste grise » évaluant l’action des États contre le blanchiment.
En parallèle de ces exigences externes, le Palais a été secoué par une intense bataille médiatique et judiciaire. Écarté en 2023, l’ancien comptable des Grimaldi, Claude Palmero, a distillé de nombreuses révélations sur les dépenses des princesses, leurs inimitiés et les sociétés offshore familiales.
Cet héritage de Rainier III, qualifié d’inutile puisque le souverain n’est pas imposable, serait désormais liquidé selon les assurances de la cour princière. La famille dirigeante semble aujourd’hui assagie après que les enfants illégitimes d’Albert et les frasques de Caroline et Stéphanie ont longtemps alimenté la une des tabloïds.
C’est dans ce climat singulier que Monaco demeure l’un des ultimes États européens où le catholicisme reste érigé en religion d’État. Une particularité institutionnelle qui lui a valu de recevoir officiellement la visite du pape Léon XIV au mois de mars.
Menton-Presse avec dépêche






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