Dix ans après l’attentat de la Promenade des Anglais, le sculpteur Jean-Marie Fondacaro se livre sur la création de l’Ange de la Baie érigé en mémoire des victimes. L’artiste niçois aborde la conception de l’œuvre, sa dimension symbolique et son regard sur une ville encore profondément marquée.
TÉMOIGNAGE - « Je pense que chaque fois que je le vois, il est différent…» Sous un ciel parsemé de nuages, L’Ange passe de l’ombre à la lumière. L’œuvre reflète les rayons du soleil azuréen, sous les regards des grappes de passants. Elle a vu le jour il y a quatre ans, entre les mains de Jean-Marie Fondacaro.
Bouleversé par l’attentat djihadiste du 14-Juillet, cet artiste niçois ressent viscéralement ce besoin de créer, d’extérioriser. Un travail un temps calfeutré dans un atelier. Les années passent puis, en 2021, la mairie de Nice ouvre un appel d’offres pour une statue mémorielle. « L’idée de l’espoir était au centre des attentes. Ça correspondait bien à ma vision. Je n’aurais jamais proposé quelque chose de morbide ».
Sauf que pour ce projet d’ampleur, il n’a que trois petites semaines de délai. « C’était très rapide. J’ai pris du métal et du plâtre, je me suis entouré du meilleur fondeur et d’un cabinet d’ingénierie ».

La création repose sur un petit socle depuis lequel s’élève une vague, elle-même surmontée d’un ange sur le point de « prendre son envol ». Dans la spirale, les 86 noms des disparus dessinent un cœur, gravé dans le métal.
Sommet des eaux qui représente « le point de départ d’un envol de ‘L’Ange’. Il contemple une dernière fois la terre, prêt à rejoindre le ciel ». Loin d’être un détail, l’emplacement. « Il est tourné face à la Promenade, un rempart pour les victimes », opposé au sens de l’arrivée du terroriste et de son satané camion.

L’usure du temps et la nécessité de préserver le monument
La sculpture a bien été adoptée par la cité, ses habitants et ses nombreux visiteurs. Quitte à y voir de nouveaux symboles : « j’ai remarqué que les gens devaient se pencher pour lire avec précision les noms des disparus. Courbés, ils forment la deuxième partie du cœur » sourit Jean-Marie Fondacaro.
« C’est la première fois, au cours mes quarante ans de carrière, que je suis pleinement satisfait d’une réalisation. Les courriers que je reçois, je les garde précieusement, comme de petits diplômes. Mais on ne la traite pas toujours très bien. Longtemps, le socle n’était ni nettoyé ni entretenu, il s’est parfois beaucoup abîmé ».

Et ça n’a rien d’un détail. « Au bout de dix ans, je vois encore les plaies ouvertes. On a perdu une certaine innocence. On pensait être à l’abri de tout. Finalement, on a été touchés trois fois (dans des attaques islamistes commises à Nice en 2015, 2016 et 2020, NDLR).
« Les œuvres commémoratives protègent le nécessaire et incontournable devoir de mémoire, pense-t-il. Au fil du temps, la sculpture l’incarnera ».
- Ce dossier éditorial a été préparé et réalisé par Nice-Presse en amont des commémorations, début juin, pour une publication ce 14 juillet 2026.






Superbe et troublante explication il me semble 🙏👍👏💯🇨🇵🇨🇵🇨🇵🇨🇵🇨🇵🇨🇵