Dix ans après la nuit d’horreur sur la Promenade des Anglais, le policier municipal Patrick Prigent raconte son douloureux cheminement intime. Devenu président de l’association « Life for Nice », il accompagne au quotidien d’autres rescapés pour surmonter un traumatisme indélébile.
TÉMOIGNAGE - Sous l’une des pergolas blanches de la Promenade des Anglais, Patrick Prigent n’a pas du tout le même regard que les passants. Là où les touristes déambulent gaiement sous le soleil d’azur, lui a toujours cette fameuse nuit en tête. Il y a dix ans, il dansait juste là, avant qu’un terroriste ne surgisse au volant d’un camion transformé en engin de massacre.
Patrick est agent de la police municipale mais ce 14 juillet 2016, il n’est pas en service. Pour cette Prom’Party, il avait prévu de se joindre à la fête. De profiter de l’été, à la lueur des feux d’artifice. C’est sous cette pergola qu’il s’était installé, avec des proches. « Notre vie a probablement été sauvée par cet abri » pense-t-il, ornement assez massif que le djihadiste prend alors soin de contourner pour ne pas être freiné dans sa course meurtrière.
Le policier bascule dans des années sombres. « Vu du dehors, je souriais. Personne ne se doutait sans doute de mon état, une fois seul chez moi. Mais j’ai bien conscience de ma chance, celle de pouvoir être vivant et d’agir ».
« Depuis le drame, elle s’était fermée à tout. C’était une victoire »

Il intègre d’abord l’association « Promenade des Anges », mais le courant ne passe pas. « On n’était pas d’accord sur les actions à mener ». C’est ainsi qu’arrive « Life for Nice », en 2019. Un mot d’ordre, « la résilience ». Au total, renseigne-t-il, cent vingt personnes l’ont intégrée. Patrick en est devenu le président.
Les activités proposées sont multiples : il y a de l’art-thérapie, du soutien scolaire ou encore du yoga. « Une maman m’a appelé, en larmes, car sa fille était en train de lire. Depuis le drame, elle s’était fermée à tout. C’était une victoire ».
« Les gens se sont réunis de façon inattendue. Une petite de huit ans dessinait des mangas avec la doyenne de quatre-vingt-quatre ans !»
« Life for Nice » se constitue également partie civile. « Nous avons assisté tous les jours au procès parisien. Nous ne sommes pas centrés sur l’aspect juridique, contrairement à d’autres associations, puisque c’est surtout l’avenir vers lequel on se tourne. Mais c’était important ».
L’art et la plongée au secours des blessures invisibles
« Life for Nice » continue son chemin, et tente d’innover. « On s’est intéressés à la guérison par la plongée sous-marine. Ça a commencé entre Villefranche-sur-Mer et le Cap Ferrat. En plus du traumatisme, une femme avait la phobie de l’eau. Pourtant, elle a été la première à plonger. C’était cathartique ».
Étape après étape : « on a emmené des petites sur les chars du Carnaval. C’était la nuit, un moment très difficile pour elles qui pouvait rappeler l’attaque. Finalement elles ont adoré, elles étaient comme des folles !»
« Beaucoup se relèvent mais restent avec nous par attachement. C’est comme une nouvelle famille. La douleur, c’est à perpétuité. »
« Dans la rue, quand je vois des camions blancs, que j’entends des sirènes, je suis en alerte. On est tous marqués pour la vie. Malgré la tempête, je dois garder la tête haute et continuer de me bouger, pour toutes les victimes, celles qui sont parties. Et celles qui restent ».
- Ce dossier éditorial a été préparé et réalisé par Nice-Presse en amont des commémorations, début juin, pour une publication ce 14 juillet 2026.






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