Dix ans après l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, un pompier de garde se raconte, marqué à jamais par l’effroyable bilan. Le soldat du feu revient sur ses traumatismes et sa lente reconstruction.
TÉMOIGNAGE - Depuis 2000, Paul (prénom modifié à sa demande) est pompier professionnel, mobilisé le 14 juillet au Centre de secours principal Magnan. Seize ans de carrière alors. Pourtant, jusqu’à cette fête nationale là, il n’avait jamais été envoyé dans une telle intervention.
De garde le soir de cet attentat djihadiste, il n’a rien oublié, une décennie plus tard. « Vers 22h30, l’alerte est donnée. Au départ, on nous parle d’un possible accident, puis d’un ‘camion fou’. Les civils se réfugient dans la caserne ». Une confusion totale règne dans cette nuit d’été.
« Tout bascule. Ma première pensée, c’est ma famille : mon épouse est allée voir le feu d’artifice avec nos enfants, ma mère et ma belle-soeur ». Quelques minutes plus tard, il est sur place. Rien ne prépare à une telle scène. « C’était un champ de bataille. Avec toutes les visions que ça comporte… Des confrères prodigaient un massage cardiaque à une fillette de deux ans. Conduite aux urgences, elle n’a pas survécu. »
« J’ai fini par retrouver les miens, partis s’enfermer dans la réserve d’une plage, en contrebas. Ils étaient sur la Promenade quand le terroriste est passé avant d’être neutralisé par la police, tout près d’eux. On peut dire que ça ne s’est joué à rien ».

Face à l’horreur, la solidarité immédiate des Niçois
Paul passe la nuit sur le terrain, jusqu’à six heures du matin. « J’aurais pu rentrer chez moi, mais c’était inconcevable. Le bilan, 86 morts, est effroyable. Nous avons, vraiment collectivement, sauvé de nombreuses vies. Je repense au patron du High Club qui a ouvert les portes de sa boîte pour en faire un hôpital de fortune ».
« Ceux qui étaient tout juste rescapés nous ont proposé leur aide, notamment des infirmiers qui réclamaient des bandages ou des compresses. D’autres ont pris leur voiture pour transporter des victimes ».
Bien au-delà du front de mer, la grande chaîne des secouristes s’active, et il n’en manque aucun maillon : « on était plus d’une centaine, ceux qui n’étaient pas en service sont venus quand même. Tout le monde était tellement uni ».

Vivre avec les blessures invisibles du drame
Être un professionnel des situations de crise ne protège pas de choses pareilles. Une décennie a passé, mais le soldat du feu ressent encore les séquelles du terrorisme. « Quand il y a une foule, je ne suis plus tranquille. Je me tiens souvent à l’écart, pour surveiller les alentours ».
Chaque année est une nouvelle brique dans sa reconstruction. « Mes enfants ont été suivis par une psychologue. Voir leur guérison m’a aidé à m’en sortir aussi ».
« Désormais, les pompiers sont équipés de gilets pare-lames » renseigne Paul. « On est constamment à l’affût, et nous avons tous suivi des formations pour savoir comment réagir face à des crimes de masse. » C’est dans une nouvelle société que l’on a collectivement basculé, celle d’une vigilance permanente.
« M’arrêter après le 14-Juillet aurait été l’échec de ma vie. Aujourd’hui, on n’en parle plus beaucoup avec les collègues, mais ça nous reste en tête. Personne ne peut oublier ».
- Ce dossier éditorial a été préparé et réalisé par Nice-Presse en amont des commémorations, début juin, pour une publication ce 14 juillet 2026.






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