Alors que le projet de loi sur l’autonomie de la Corse arrive ce mardi à l’Assemblée nationale, le collectif antimafia Massimu Susini tire la sonnette d’alarme. Ces militants redoutent qu’une émancipation non encadrée ne livre l’économie locale aux mains du crime organisé. Ils réclament des garde-fous législatifs stricts afin d’éviter l’asservissement total de la population insulaire.
Dans les couloirs du Palais Bourbon, la menace criminelle semble lointaine, balayée par les aspects purement institutionnels du texte. Le collectif portant le nom de Massimu Susini, militant nationaliste assassiné devant sa paillote en septembre 2019, bouscule cet agenda feutré.
À la veille des discussions parisiennes sur l’avenir institutionnel de l’île, ce groupe s’étonne que « la question mafieuse » se trouve « très peu présente dans les débats ». Le vote solennel de cette réforme historique est pourtant fixé au 23 juin.
L’ombre de la criminalité sur l’économie
Pour ces citoyens à l’origine de mobilisations inédites en 2025, le constat matériel est sans appel. « L’autonomie ne peut être imaginée en faisant abstraction de l’emprise mafieuse sur plusieurs secteurs de l’économie insulaire, des porosités avec le monde politique, de sa force d’intimidation dans la société corse », soulignent-ils.
Leur mise en garde s’appuie sur une observation judiciaire incontestable. Ils pointent un « nombre de condamnations pour corruption (..) largement supérieur, en proportion, à toutes les autres régions. »
Si la modification de la Constitution pour graver « l’autonomie de la Corse dans la République » venait à être adoptée par le Parlement, une loi organique définirait ensuite le cadre exact de ce nouveau statut.
C’est dans ce second document que l’association exige des actes. Elle réclame « des garanties antimafia solides, notamment sur les possibilités de modifier les règles en matière de marchés publics, d’urbanisme, de probité ou encore de concentration économique. »
Le précédent des années quatre-vingt
L’histoire insulaire nourrit l’inquiétude actuelle. Le crime organisé a déjà profité d’une période de réformes administratives dans les années 1980. Cela s’est produit « précisément lorsque la Corse est entrée dans un cycle de décentralisation », un mouvement qui avait alors provoqué un « accroissement du pouvoir de décision des élus locaux ».
Même si le principe global est soutenu, l’encadrement reste primordial. « Si on ne peut qu’être favorable à une émancipation collective des Corses, et l’autonomie peut en être un moyen, on ne peut pas faire abstraction du contexte », résume le collectif.
L’alerte s’adresse directement aux législateurs appelés à voter. « Bâtir une autonomie sans gages antimafia, c’est donner l’impression qu’on émancipe les Corses alors qu’un asservissement plus cruel encore les guette », martèlent les membres de cette coordination.
Les criminels adapteraient d’ailleurs aujourd’hui leur stratégie. L’association observe une « mafia » devenue « moins meurtrière ces derniers temps ». Son objectif prioritaire serait de ne pas se faire « remarquer pour ne pas contrarier un processus qu’elle observe avec une grande attention ».
L’inquiétude des universitaires et des politiques
Au-delà de la société civile insulaire, le monde politique et académique partage cette prudence. Face au « poids des dérives mafieuses », le député Les Républicains François-Xavier Ceccoli appelle à un contrôle parlementaire très resserré sur le pouvoir normatif dévolu à la future assemblée territoriale.
Dans une tribune publiée lundi dans Le Figaro, Jacques de Saint Victor, historien du droit, affirme que si « l’autonomie ne crée pas les mafias », la mesure institutionnelle « facilite leur prolifération. »
D’autres experts redoutent les conséquences sociétales du texte. Vendredi dans Libération, le constitutionnaliste Benjamin Morel et le politologue Patrick Weill ont demandé aux élus : « n’introduisons pas le racisme et la discrimination dans la Constitution. »
La contestation gagne également d’anciens membres de gouvernement. Dans la Tribune du Dimanche, les anciens ministres Manuel Valls et Jean-Michel Blanquer craignaient, pour leur part, le risque de « rendre constitutionnel le communautarisme ».
Nice-Presse avec dépêche






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