Accroché à flanc de montagne, le village médiéval de Roquebrune-Cap-Martin recèle encore des traces discrètes de son passé. Christine Didier, historienne et archéologue au service du patrimoine de la commune, décrypte pour Menton-Presse les éléments les plus méconnus…
Sur la place des Deux Frères, difficile d’imaginer que le paysage fut si profondément modifié au XIXe siècle.
Les deux rochers en poudingue ont longtemps constitué un passage étroit vers le cœur du village. « Cette rue était pendant longtemps la seule voie d’accès. Elle reliait l’arrière-pays à Menton » nous précise Christine Didier.
En 1854, une partie de ces rochers est dynamitée pour élargir l’entrée. Derrière cette transformation se cache un autre élément moins visible. À quelques mètres, la rue Mont-Collet dévoile un habitat creusé directement dans la pierre.
« C’est un quartier troglodytique, aménagé plus tardivement pour faciliter la circulation sans faire le tour » explique-t-elle en désignant ces façades taillées directement dans la roche.
Un village pensé pour se défendre avec très peu d’hommes
Depuis les ruelles étroites jusqu’au château, l’organisation répond à une logique défensive.

Roquebrune-Cap-Martin se construit en étages, superposés sur la pente, avec plusieurs niveaux invisibles au premier regard.
« On a l’impression d’être au niveau le plus bas, mais il en existe encore deux en dessous » souligne l’historienne. « Avec à peine huit à dix hommes, ils pouvaient défendre un château quasiment imprenable. »
Les accès sont rares et souvent dissimulés. C’est le cas d’une ancienne poterne, intégrée désormais à une habitation privée. Elle permettait de rejoindre le château sans contourner l’ensemble. Un passage discret, mais surtout stratégique en cas d’attaque.
Des traces inattendues au fil des ruelles
En descendant vers la porte marine, qui ouvre vers la mer, d’autres éléments apparaissent. La rue du Château, axe structurant, conduit vers les hauteurs tandis que certaines calades content l’histoire locale.

Celle située devant l’église est offerte au XVIIIe siècle par les princes de Monaco pour aménager l’entrée du lieu de culte.
L’église actuelle n’est d’ailleurs pas la première paroissiale. « On s’est rendu compte, en travaillant sur les balades, qu’elle avait été déplacée » indique Christine Didier.
Sur la même place, le monument aux morts attire l’attention. Inauguré en 1923, le jour même que la nouvelle mairie, il tranche par son architecture inspirée d’un temple antique.
Refusé à l’origine par la commission nationale, jugé trop atypique, il est finalement maintenu par la municipalité.« Le maire a décidé de le construire tout de même… » rappelle-t-elle.

Ce choix s’explique aussi par l’histoire de Roquebrune-Cap-Martin. Pendant la Première Guerre mondiale, les noms des soldats morts étaient inscrits à la craie sur ce mur. La mémoire collective s’est ainsi fixée à cet endroit précis.



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