Le débat sur l’intelligence artificielle (IA) s’invite avec force à Cannes : entre fascination technologique, inquiétude des créateurs et nouvelles pratiques de production, l’IA bouscule le cinéma jusqu’au cœur du plus grand festival du monde.
Le boom de l’intelligence artificielle n’épargne pas le Festival de Cannes. Présente dans plusieurs œuvres, utilisée dans le Marché du Film et objet d’intenses débats entre professionnels, cette technologie divise entre promesse d’innovation et crainte pour la création artistique.
Une IA super-méchante et personnage principal
Dans Mission : Impossible - The Final Reckoning, présenté hors compétition, Tom Cruise affronte « l’Entité », une IA malfaisante échappant à tout contrôle. Une métaphore technoparanoïaque qui devient un ressort dramatique central du blockbuster à sortir la semaine prochaine.
Dans un registre plus intimiste, Dalloway, projeté en Séance de minuit, met en scène Cécile de France dans le rôle d’une romancière en panne d’inspiration, épaulée par une IA générative… incarnée par la voix de Mylène Farmer. Très vite, cette assistance se transforme en emprise psychologique.
Le réalisateur français Yann Gozlan interroge : « Est-ce que ça va être un outil qui va finalement un peu nous asservir et nous supplanter ? ».
Des outils déjà omniprésents au Marché du film
Dans les allées du Marché du film, l’IA est déjà bien installée. Des entreprises comme Largo.ai proposent des outils capables d’analyser des scénarios, d’évaluer des personnages, de suggérer des castings et même d’anticiper les résultats financiers d’un film.
« L’IA va améliorer la créativité », affirme Sami Arpa, co-fondateur de Largo.ai. « C’est simplement un assistant qui accélère les choses, tout en mettant la créativité humaine au centre. »
La société, qui compte plus de 600 clients dans le monde, aide déjà à optimiser les productions allant jusqu’à 150 millions de dollars.
Yann Gozlan, lui, reste sceptique. Il refuse d’utiliser des IA génératives comme ChatGPT : « À force de déléguer, on perd la capacité de faire. »
Frémaux : « l’IA ne remplacera pas Proust »
Face aux inquiétudes, le délégué général du festival, Thierry Frémaux, a tenu à rassurer : « Sur la littérature, sur les scénarios, je ne suis pas sûr qu’il faille être très inquiet. »
Ironique, il ajoute : « L’intelligence artificielle ne va pas inventer l’idée qu’un type goûte une madeleine et hop, 500 pages derrière. » Une référence à Marcel Proust pour souligner que la puissance émotionnelle humaine reste irremplaçable.
« Je viens d’une école française de la protection des auteurs (…), de la défense quoi qu’il arrive des créateurs », conclut-il, tout en appelant les géants de la tech à poser des limites claires à cette technologie.







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