Sous la protection bienveillante de Poséidon et Vénus, deux sculptures signées Sosno, Carras veille sur les Niçois. Mais à l’extrême ouest de la Promenade des Anglais, le « port de poche » du quartier, longtemps cœur battant d’une vie tournée vers la Méditerranée, se laisse aujourd’hui envahir par le silence.

Il y a encore quelques années, les barques balançaient au rythme de la houle, les daurades frétillaient dans les filets, et l’odeur du poisson frais rivalisait avec celle des fleurs des jardins environnants.

« Toute l’histoire de ce port, depuis sa création, c’était la pêche locale, les poissons vendus directement sur place » se souvient Jean Sanchez, président de l’Amicale Bouliste Carras Aéroport. « Il y avait quatre, cinq pêcheurs réguliers. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. Il n’en reste plus un seul. »

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[© Romain Boisaubert / Nice-Presse]

Le changement ne date pas d’hier. En silence, petit à petit, les barques ont disparu, les digues en bois ont cédé et l’ambiance autour des cabanons s’est tue.

Le port, désormais, ne sert plus que d’abri temporaire au Centre Loisirs pour la Jeunesse (CLJ) pendant la période scolaire et estivale.

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[© Nice-Presse]

« C’est devenu une zone de mise à l’eau, uniquement. Plus de vie portuaire. Plus de criée, plus de moteur au petit matin. Une page s’est tournée. »

Un chantier a inquiété les riverains

Pour les habitués, la nostalgie est tenace. Malek, pêcheur amateur, a vu le port se vider en quelques années :

« Je me souviens du poisson frais, des marins, de la digue en bois. On descendait en voiture jusqu’à l’eau. Je suis parti m’installer à Paris quelques temps, et en revenant en 2021, je n’ai rien reconnu. »

De quoi se remémorer une rencontre inopinée, en octobre dernier, avec un pêcheur revenu discrètement sur les lieux.

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[© Romain Boisaubert / Nice-Presse]

« Il m’a confirmé qu’à l’époque, il ramassait 300 kilos de daurades par jour dans ce secteur. Et vous alliez au port, il les revendait à 20 euros le kilo. C’était génial. Aujourd’hui, c’est terminé. »

Pourtant, tout n’est pas perdu. Le cœur du port bat encore, entre les boulistes du clos voisin, les chiens qui gambadent sur la plage voisine, et les anciens, assis sur les bancs du petit jardin, le regard tourné vers la grande bleue.

« L’ambiance est là, mais il manque cette âme, cette activité humaine qui donnait à Carras son parfum de village en bord de mer. »

Il y a trois ans, les riverains se sont inquiétés d’un projet d’aménagement d’une piscine au niveau de Carras. Un chantier qui aurait dénaturé, entendait-on, les environs. Mais la Métropole n’évoque plus cette éventualité désormais, les nouveaux bassins étant annoncés à l’Ouest et dans le palais des sports Jean-Bouin.

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Né à Nice et diplômé de l'EDJ Nice, Romain Boisaubert couvre l'actualité des Alpes-Maritimes depuis 2014. Après avoir fondé la rubrique « Nos Quartiers » pour Nice-Presse, il dirige Menton-Presse depuis 2026. Expert de la vie locale, de la politique et du patrimoine azuréen, il est présent quotidiennement sur le terrain, de Menton à la Riviera. Engagé pour un journalisme responsable, il est signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

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