Le changement climatique intensifie canicules, incendies et inondations, avec des dégâts matériels toujours plus lourds. Mais derrière ces catastrophes, une autre question se pose : celle de la mortalité. Si le nombre total de morts liés aux événements naturels a reculé sur plusieurs décennies, une menace progresse nettement et inquiète les chercheurs, celle des vagues de chaleur, devenues plus fréquentes et plus meurtrières.
À mesure que les températures montent, les catastrophes climatiques changent de visage. Certaines tuent moins qu’autrefois, d’autres frappent plus durement. Cette évolution contrastée ressort d’une analyse de la base de données EM-DAT, réalisée par l’AFP, qui permet de suivre les décès liés aux événements météorologiques extrêmes à l’échelle mondiale depuis plus d’un demi-siècle.
Quelle mortalité ?
Entre 1970 et 2025, plus de 2,3 millions de personnes sont mortes d’événements liés à la météo à travers le monde. Pourtant, sur la période récente, la tendance globale est plutôt à la baisse. Entre 2015 et 2025, le bilan atteint 305.156 morts, contre 354.428 sur la décennie précédente. Cette diminution s’explique en grande partie par la baisse marquée des décès dus aux tempêtes et aux inondations.
« Ce n’est pas que les événements ne sont pas devenus plus dangereux. C’est que nous sommes devenus bien plus forts dans notre capacité à y faire face », analyse Marina Romanello, directrice exécutive de Lancet Countdown. Les systèmes d’alerte, les infrastructures de protection et l’amélioration des normes de construction ont permis de sauver de nombreuses vies, en particulier dans les régions les plus exposées.
La canicule, un danger plus intense
Ce tableau global masque toutefois une réalité plus inquiétante. La mortalité liée aux canicules progresse nettement. La chaleur est souvent qualifiée de « tueur silencieux », car ses effets se mesurent avec retard et touchent en priorité les personnes âgées ou fragiles. L’an dernier, la moitié de la planète a connu davantage de jours que la moyenne avec une température ressentie d’au moins 32 °C, un seuil associé à une hausse documentée des décès.
« Il est très clair que la chaleur extrême est devenue plus mortelle », estime Theodore Keeping, chercheur à l’Imperial College London. Les outils scientifiques permettent désormais d’attribuer un nombre supplémentaire de morts à des hausses précises de température liées au changement climatique.
Selon EM-DAT, environ 61.800 personnes sont mortes lors d’épisodes de canicule en 2022, un chiffre descendu à 48.000 en 2023 avant de remonter à 66.825 en 2024. Ces données sont toutefois à interpréter avec prudence. « Les chiffres récents sont plus élevés parce que les données sur la mortalité liée à la chaleur, notamment en Europe, sont devenues plus accessibles après la pandémie de Covid-19 », explique Damien Delforge, chercheur au CRED. Il souligne également que ces décès restent largement sous-estimés.
Inondations et tempêtes, des risques mieux anticipés ?
À l’inverse, les inondations et les cyclones font aujourd’hui moins de victimes qu’auparavant. Entre 2015 et 2025, les inondations ont causé 55.423 morts, contre 66.043 sur la décennie précédente. Les tempêtes affichent une chute encore plus nette, avec 36.652 décès sur la période récente, contre 184.237 auparavant.
« Nous disposons de ces systèmes d’alerte avancée qui peuvent protéger des vies mais le péril reste bien sûr très, très, très élevé », prévient Tobias Grimm, responsable scientifique du climat chez Munich Re. Un seul événement majeur peut encore bouleverser un bilan annuel.
En 2025, les catastrophes naturelles ont causé 17.200 décès dans le monde, principalement en Asie-Pacifique et en Afrique. Un chiffre supérieur à celui de 2024, mais toujours inférieur à la moyenne observée sur trente ans.
« Les événements climatiques deviennent plus fréquents et plus intenses », rappelle Marina Romanello, qui met en garde contre les limites des protections actuelles lorsque ces chocs se succèdent sans laisser le temps aux sociétés de se relever.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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