Trois dockers ont été condamnés mardi pour leur participation à un trafic de cigarettes de contrebande débarquées de ferries en provenance de Tunisie. Les peines vont de dix mois de prison avec sursis à deux ans dont six mois avec sursis probatoire, assorties d’une interdiction de paraître sur le Grand Port Maritime de Marseille.
Le tribunal a en outre prononcé une interdiction d’accès au Grand Port Maritime de Marseille pour une durée d’un à trois ans contre ces trois dockers, avec exécution provisoire. Une mesure qui met provisoirement un terme à leur activité de docker.
Des contrôles franchis « grâce à des complicités »
À l’audience, la présidente Azanie Julien-Rama a justifié la sévérité de la réponse judiciaire en relevant le cadre des faits. « Ces faits graves ont été commis dans l’exercice de vos fonctions dans une zone où vous n’aviez pas accès, avec des contrôles franchis grâce à des complicités, la porosité du port ayant été démontrée dans ce dossier », a-t-elle expliqué.
Deux des dockers étaient présents lors de l’audience. Ils ont reconnu leur participation au déchargement des cigarettes et avoir eu pour mission d’escorter les convois à l’extérieur du port, selon les éléments évoqués au tribunal.
Le jugement s’inscrit dans un dossier décrit comme un trafic structuré, avec des rôles répartis entre plusieurs prévenus. Les sanctions prononcées mardi visent aussi à empêcher, au moins temporairement, tout retour des condamnés sur le site portuaire.
Vingt-neuf importations et 14.000 cartouches selon les douanes
Deux hommes présentés comme les organisateurs du trafic ont été lourdement condamnés. Qualifiés de commanditaires, un ouvrier tunisien et le gérant d’une alimentation d’Aubagne, près de Marseille, ont écopé de trois ans de prison.
Le tribunal a assorti la peine de l’ouvrier tunisien d’un mandat d’arrêt. Le gérant de l’alimentation, qui comparaissait détenu, a fait l’objet d’un maintien en détention.
Les douanes chiffrent le trafic à vingt-neuf importations entre août 2024 et janvier 2025, pour un total d’environ 14.000 cartouches. Le dossier s’appuie sur ces volumes pour caractériser l’ampleur des arrivages et l’organisation mise en place autour des débarquements.
Le tribunal a également retenu le rôle du gérant de l’alimentation, déjà condamné en 2020 à six ans de prison pour importation de stupéfiants. La juridiction a jugé qu’il était « celui qui donne des instructions aux dockers et les rémunère ».
Des peines de prison et plus de 1,5 million de droits fraudés
Au cours des débats, le parquet a insisté sur l’évolution de ce type de dossiers. La procureure a déploré la « professionnalisation » du trafic de cigarettes et a pointé des réseaux d’importation qui adoptent les schémas du trafic de stupéfiants, privant l’Etat de 400 millions d’euros de recettes fiscales.
La défense a contesté la portée donnée à l’affaire et la place attribuée à certains prévenus. L’avocat du gérant, Me Thierry Ospital, a demandé au tribunal de « ne pas donner à ce dossier une dimension qu’il n’a pas ».
De son côté, Me Jérôme Pouillaude, avocat de l’ouvrier tunisien présenté comme à la tête du réseau, a contesté « le rôle de grand manitou » que l’accusation lui prête, tout comme le surnom de « Clando millionnaire » véhiculé par la rumeur.
Les avocates des dockers, Me Stéphanie Deirmendjian et Mathilde Duranthon, ont plaidé un engagement subalterne. Elles les ont présentés comme « des petites mains s’étant laissé embarquer », aujourd’hui « réinsérés et cochant toutes les cases du bon prévenu ».
Un jeune convoyeur, remplaçant d’un prédécesseur écarté après un vol de cigarettes pour 60.000 euros, a été condamné à 18 mois de prison avec un mandat de dépôt à effet différé.
Au total, les six prévenus ont été condamnés à payer plus d’1,5 millions de droits fraudés, selon la décision rendue mardi.
Ce qui est important
- Le tribunal frappe : interdiction de paraître sur le Grand Port Maritime de Marseille pendant un à trois ans pour les dockers condamnés, avec exécution provisoire.
- Le trafic est chiffré par les douanes à vingt-neuf importations entre août 2024 et janvier 2025, soit environ 14.000 cartouches débarquées de ferries venant de Tunisie.
- Les six prévenus devront payer plus d’1,5 millions de droits fraudés, en plus des peines de prison prononcées.










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