Les débats sur le budget et les retraites donnent l’occasion à Éric Ciotti de prendre ses distances avec ses alliés du RN, tout en présentant ses profondes divergences économiques comme des « complémentarités » et en cherchant des références à l’étranger chez les ultralibéraux comme l’Argentin Javier Milei.

Partisan des coupes budgétaires pour redresser les finances publiques, farouchement hostile aux hausses d’impôts prévues dans un projet de budget 2025 qu’il qualifie de « socialiste » et surtout opposé à l’abrogation de la réforme des retraites, Eric Ciotti se fait le chantre d’une doxa libérale éloignée de la ligne « sociale-populaire » de Marine Le Pen.

A la tête de son nouveau parti baptisé l’Union des droites pour la République (UDR), qui compte 16 députés à l’Assemblée nationale, l’ancien président de LR tente de se distinguer afin de ne pas être confondu avec le RN auquel il s’est allié aux législatives.

« Nous avons une alliance solide et loyale, mais nous avons aussi une indépendance. Il n’est pas dans mon intention de gommer les différences », affirme à l’AFP Eric Ciotti, dont l’entourage assure que cette « offre complémentaire » ne déplaît en rien à son partenaire d’extrême droite.

« Manœuvre sans issue »

Défendant la vente des « bijoux de famille » de l’Etat, en particulier ses participations au capital de Renault, d’Orange ou d’Engie, Eric Ciotti assure vouloir « porter une ligne beaucoup plus libérale, plus tournée vers l’entreprise » que le RN.

Il est d’ailleurs la cible des critiques de son ancienne famille politique qui dénonce un mariage contre-nature avec le Rassemblement national.

« Sur le plan économique, le RN n’est pas à droite », affirme à l’AFP Laurent Wauquiez, le patron des députés LR, soulignant les contradictions entre son ex-collègue de parti et Marine Le Pen qu’il juge partisane de « la dépense publique et des augmentations d’impôts ».

« Elle n’est pas non plus favorable à la reconnaissance de la France qui travaille », ajoute-t-il, marquant là aussi la différence entre l’extrême droite et son parti qui défend la « valorisation » du travail.

Même ton à Renaissance: le député Charles Sitzenstuhl reproche à M. Ciotti de s’être « mis dans les mains de Marine Le Pen dont le projet économique est plus proche de la gauche radicale que de la droite libérale ».

« C’est une manœuvre tactique sans aucune issue, puisque Marine Le Pen n’est absolument pas sur cette ligne », déplore l’élu, qui reproche au député des Alpes-Maritimes d’avoir « pactisé avec le diable ».

Le dossier épineux de la réforme des retraites, dont l’abrogation figurait au programme jeudi de la niche parlementaire du RN, aurait dû étaler au grand jour les divergences entre Eric Ciotti et ses alliés, mais le texte qui sera soumis vote a été vidé de sa substance.

De quoi épargner des contorsions à Eric Ciotti, qui s’est toujours déclaré favorable à la réforme menée par le gouvernement d’Elisabeth Borne, contrairement à ses partenaires lepénistes et à la gauche, voire même certains de ses anciens collègues de parti.

A coups de tronçonneuse

Autre manière de se démarquer du RN: les références internationales, comme le libertarien Javier Milei, que le patron de l’UDR cite depuis une interview accordée récemment au JDD où le président argentin fustigeait le wokisme, le déficit public et avouait au passage qu’il n’avait « aucun lien » avec Marine Le Pen (RN) ou Eric Zemmour (Reconquête!).

S’il assure ne pas « adhérer au côté fantasque du personnage », Eric Ciotti reprend son image de la « tronçonneuse » pour couper dans les dépenses publiques.

« Il est aujourd’hui au plan international le symbole de cette volonté de couper avec une administration pléthorique, impuissante, stérile et paralysante », souligne-t-il.

Son entourage reconnaît que le président argentin constitue « une source d’inspiration », tout en rappelant que la doctrine libérale n’avait plus connu de « grandes incarnations internationales puissantes depuis Ronald Reagan et Margareth Thatcher » dans les années 1980.

Le patron de l’UDR cherche, par ailleurs, d’autres références internationales, à l’image de la conservatrice espagnole Isabel Ayuso, présidente la communauté de Madrid, s’éloignant encore une fois des figures de l’extrême droite déjà adoubées par le RN ou Reconquête.

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