À La Turbie, le Trophée d’Auguste domine majestueusement Monaco et la Méditerranée. Cet exceptionnel monument romain raconte à lui seul la conquête des Alpes et la naissance du vieux village à travers plus de deux mille ans d’histoire. En fin connaisseur, Antide Viand revient sur ses secrets pour Menton-Presse.
Depuis La Turbie, mais aussi depuis la Principauté, sa silhouette de pierre ne passe pas inaperçue. Mais moins nombreux sont ceux qui connaissent vraiment l’histoire de cette impressionnante tour antique.
« Le Trophée d’Auguste a été édifié à partir de 7-6 avant notre ère » rappelle Antide Viand, administrateur des monuments nationaux en charge du secteur des Alpes-Maritimes. Pour comprendre sa naissance, il faut revenir à l’époque d’Auguste, lorsque Rome cherche à sécuriser les passages alpins et ses voies commerciales.

Au Ier siècle avant notre ère, une partie des peuples installés au sud de l’arc alpin résiste encore à Rome. Cette situation complique les échanges et oblige l’empire à contourner certains axes. « Auguste finit par soumettre ces dernières populations alpines et permet l’ouverture de la Via Julia Augusta, grande voie romaine tournée vers l’actuelle Espagne. »
Bien plus qu’une tour, un morceau de Rome égaré sur les hauteurs de la Côte d’Azur
Le Sénat et le peuple décident alors d’élever un ouvrage en l’honneur d’Auguste. « Il commémore cette victoire, l’ouverture de la voie, la pacification du territoire. C’est un gros enjeu économique et culturel, surtout économique d’ailleurs » explique Antide Viand.
À l’origine, le Trophée n’est pas un fort. « Il faut imaginer cela comme une gigantesque sculpture, un monument commémoratif. » Un message de pierre destiné à célébrer la puissance romaine.
C’est aussi ce qui fait sa rareté. « Des colosses gallo-romains, vous en avez un certain nombre en France. Celui-là, c’est Rome qui le construit. C’est ce qui le rend tout à fait exceptionnel. C’est le seul hors de Rome. »
Après l’Antiquité, le Trophée change plusieurs fois de destin. Avec l’essor du christianisme, les moines de l’abbaye de Lérins commencent à le démanteler. Symbole païen, il devient aussi une réserve de pierres.
Du dynamitage de Louis XIV à sa résurrection : l’incroyable survie d’un géant de pierre
Au Moyen Âge, il est fortifié et sert de noyau à une place forte des ducs de Savoie. La partie centrale devient une tour de guet. Le village se développe autour de cette enceinte. « Le vieux village n’existerait pas s’il n’y avait pas eu le trophée, puis sa fortification » souligne Antide Viand.
En 1705, Louis XIV ordonne la destruction des places fortes des ducs de Savoie. La Turbie est dynamitée. Mais le mortier romain résiste ! « Paradoxalement, cette destruction fait réapparaître ce qui restait du Trophée, dont l’existence avait presque été oubliée. »
Des érudits s’y intéressent, puis il est consolidé et restauré. Au XXe siècle, les architectes Jean-Camille Formigé puis son fils Jules Formigé replacent une partie des blocs d’origine.
Le chantier est aussi soutenu par le mécénat de l’Américain Edward Tuck, qui permet l’ouverture du petit musée voisin. Le Trophée garde enfin une part de mystère. Un bloc retrouvé portait l’inscription « Fulgur Summanus », liée à la foudre nocturne chez les Romains. « On connaît très peu de cas liés à Summanus. Il y en a cinq à Rome et une sixième… à La Turbie » sourit Antide Viand.



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