À la tête de Nicexpo depuis l’été 2025, Thomas Gheerbrant a pris les commandes d’une structure associative incontournable dans l’événementiel azuréen, organisatrice notamment de la Foire de Nice et du salon Agecotel. Fermeture programmée du Palais des Expositions, rachat d’iD Week-end, formats à réinventer… Cet ancien acteur de la pub et de l’immobilier dévoile dans Nice-Presse Dimanche sa stratégie mais aussi ses inquiétudes pour la période 2026-2030.
Aujourd’hui, un sujet revient partout : il manquerait de l’espace à Nice. Cela vous inquiète-t-il ? Et existe-t-il un vrai risque de voir certains événements quitter la ville ?
Le risque existe, oui. Aucun site du département n’offre ce que permet le Palais des Expositions : 14.000 m² couverts, équipés en électricité, en technicité. Ce type d’infrastructure n’existe plus. C’est une difficulté… mais aussi une opportunité. Les salons nationaux et internationaux ont vu leur fréquentation baisser, notamment depuis le Covid. Il faut revoir les formats, repenser les contenus, créer de l’expérience dans l’événement. On est obligés d’innover.
Justement, qu’est-ce que le Covid a bouleversé ?
La consommation numérique s’est accélérée. On peut tout acheter depuis chez soi, plus vite et avec une offre plus large. Une foire ou un salon ne peut plus se contenter de proposer du commerce. Il faut un supplément d’âme, à savoir du festif, des animations… C’est l’axe que nous développons pour la Foire de Nice 2026, qui fêtera ses 80 ans autour d’un thème très événementiel : les années 1980. L’idée, c’est que le visiteur vienne passer un vrai bon moment, quel que soit son achat.
Agecotel 2026 sera le dernier salon du Palais des Expos. Ensuite, direction le port ?
Oui. Agecotel est biennal, et son édition 2026 sera la dernière à Nice-Est. Le projet est de l’emmener vers le port, selon les capacités techniques que nous pourrons mettre en place. Le Centre des Congrès Océanice offre des possibilités intéressantes. Des espaces plus « intimes », des lieux dédiés à chaque univers - chefs, concours, show-cooking - et un rooftop idéal pour les métiers de la gastronomie. On va pouvoir repenser l’expérience visiteur.

Vous parlez souvent de « réinventer les formats ». C’est un choix ou une obligation liée au manque d’infrastructures ?
Les deux. Sur Océanice, il manque encore un peu d’équipements, mais des aménagements sont prévus d’ici 2028. L’unité de lieu est un atout, plusieurs « salons dans le salon » pourront cohabiter sans se marcher dessus. Et puis nous allons élargir les contenus : emploi, formation, restauration collective, circuits courts, nouvelles technologies… Nous travaillons même sur un « village de l’innovation ». Mon rôle est d’écouter. Je passe mon temps sur le terrain à rencontrer les acteurs, à traduire leurs besoins en solutions concrètes.
Vous avez racheté iD Week-end. Pourquoi ce choix ?
C’est une opportunité… et une vision stratégique. iD Week-end est le salon du tourisme et du loisir, parfaitement aligné avec l’objet social de Nicexpo. L’organisation de salons coûte de plus en plus cher, et Nicexpo est l’une des seules structures capables de reprendre une telle manifestation pour la développer. Pour l’édition 2026, nous resterons au Jardin Albert Ier, les 17, 18 et 19 avril. Avec quelques nouveautés. Une animation culturelle forte, une offre restauration élargie, et un tour d’horizon très complet des loisirs et du tourisme azuréen.
D’autres événements pourraient rejoindre le catalogue ?
Déjà, notre premier défi est de réussir Agecotel, la Foire et iD Week-end… qui s’enchaînent entre février et avril. Nous sommes une petite équipe, ultra motivés, mais il faut être lucides. Des projets existent, des idées aussi, mais l’exercice 2026 sera déterminant. Et surtout 2027, où la question du lieu est cruciale. Impossible de se projeter sérieusement tant que nous ne savons pas où nous pourrons organiser nos manifestations.

C’est donc l’espace disponible qui vous empêche de « rêver grand » ?
Oui, clairement. Sur la Foire de Nice notamment. Nous avons perdu 55% de surface en cinq ans, alors que les charges ont continué d’augmenter. Résultat ? Un salon moins rentable, et donc moins capable de financer des innovations, de nouveaux formats ou des prises de risques. Il n’y a pas d’espace couvert, équipé, capable d’accueillir les volumes nécessaires. Pas à Nice, pas dans le département. Et le futur Palais des Expositions - très prometteur - n’ouvrirait pas avant 2030. Nous allons devoir trouver une solution intermédiaire, reformater, délocaliser peut-être.
D’autres villes du département ont-elles pris le relais ?
On observe le retour de nombreuses petites manifestations, plus souples, plus innovantes. Cannes reste à part. Elle a toujours fonctionné avec un rayonnement international, sur des salons professionnels. Mais oui, il y a une dynamique. Le vrai sujet, c’est de trouver des formats pérennes, économiquement viables, et capables d’évoluer.
La Côte d’Azur est-elle réellement montée en gamme ces dernières années et qu’est-ce qu’il manque encore ?
Avec iD Week-end, notre mission est de rappeler aux Azuréens l’offre incroyable dont ils disposent à une demi-heure ou une heure de chez eux. Villages, hôtels, résidences, loisirs, manifestations, arrière-pays, stations de ski… Et de travailler sur la saisonnalité. On voit émerger le « staycation », porté par les hôtels trois et quatre étoiles. Offrir aux locaux un week-end haut de gamme à proximité, sans pollution ni longs trajets. C’est bon pour la planète, pour l’économie locale, et pour l’attractivité du territoire.
Et puis il y a l’Italie à deux pas. C’est un enjeu que nous voulons intégrer. Beaucoup d’Azuréens traversent la frontière pour leur week-end, pourquoi ne pas valoriser davantage cette dimension transfrontalière ? La Côte d’Azur a tout pour elle. Ce qu’il nous manque, c’est de mieux coordonner, mieux raconter, mieux mettre en scène. C’est exactement ce que je veux faire à travers nos salons.
Nicexpo revendique un modèle unique. Qu’a-t-elle de particulier, et comment se porte l’association en 2025 ?
Nicexpo est une association loi 1901, ce qui est assez rare dans l’événementiel. Elle a été créée pour accompagner la toute première Foire Internationale de Nice, avec un objet social très clair : organiser des manifestations pour faire rayonner le territoire et mettre en avant ses filières, économiques, culturelles, sportives ou autres. Son Conseil d’administration regroupe la Ville, la Métropole, le Département, l’Office de tourisme, la Chambre des métiers, l’UPE 06, la CCI… C’est important. Cette gouvernance nous permet de porter des événements qui, parfois, ne sont pas très rentables mais restent essentiels pour le territoire. C’est la force de Nicexpo, travailler pour l’intérêt général.
Pourquoi avoir accepté ce défi ? Quelles sont vos priorités et la « patte » que vous souhaitez apporter ?
Le défi est arrivé à un moment charnière pour moi. J’ai 25 ans d’historique dans les médias et la régie publicitaire - presse quotidienne, affichage, digital - puis j’ai basculé dans l’immobilier. Et là, l’opportunité est arrivée, avec un enjeu majeur : la préparation à la fermeture du Palais des Expositions. Les travaux devraient démarrer fin 2027 pour en faire un Palais des Arts et de la Culture. Cela nous laisse 2026, peut-être une dernière Foire de Nice en mars 2027, puis l’obligation de réinventer nos formats… et nos lieux. Ma « patte », ce sera d’emmener plus d’événementiel, plus de contenus, et de travailler main dans la main avec les filières pour que chaque salon réponde à leurs besoins, pas seulement à une logique commerciale.






