Après plus de deux mois d’audience, le procès Apollonia s’est achevé vendredi au tribunal correctionnel de Marseille, révélant l’ampleur humaine et financière d’une gigantesque escroquerie immobilière.
Face à des prévenus souvent impassibles, voire provocateurs, les témoignages poignants des victimes ont marqué les débats. La décision finale est attendue le 15 janvier 2026, tant le dossier est colossal : 15 prévenus, 760 parties civiles, 5.300 lots immobiliers vendus, pour un préjudice évalué à 1,2 milliard d’euros.
Une retraite promise, un cauchemar livré
La société Apollonia, basée à Aix-en-Provence, conseillait dans les années 2000 des clients, principalement des médecins, d’investir massivement dans l’immobilier via le statut de loueur en meublé professionnel (LMP).
Certains en sont venus à posséder jusqu’à quarante biens, censés s’autofinancer. Résultat : surendettements, faillites personnelles, interdictions bancaires. Des drames familiaux ont éclaté.
Parmi les témoignages les plus bouleversants, celui de la gynécologue grenobloise Pascale Hoffmann-Cucuz : elle a perdu son mari, « miné et automédiqué à haute dose » jusqu’à sa mort, rongé par la honte. « J’ai honte de m’être fait avoir », a-t-elle confié à la barre.
Un mécanisme bien huilé, des cibles vulnérables
Le procureur a voulu les rassurer : « Vous n’avez pas à avoir honte d’avoir succombé », a-t-il déclaré. « Apollonia utilisait un processus extrêmement sophistiqué ».
Les commerciaux, très bien formés, géraient l’intégralité des démarches pour leurs clients. Ils allaient jusqu’à faire signer des procurations validées par des notaires. Les biens étaient surévalués, les taux d’intérêt élevés, les dettes masquées. Objectif : maximiser les commissions, parfois jusqu’à 15 %.
Train de vie luxueux, posture provocatrice
Le couple fondateur, Jean et Viviane B, n’a pas nié avoir profité de cette fortune. Jet privé, palais à Marrakech, chalet en Suisse, villa à Cassis, bijoux, caviar… L’ancien vendeur de chaussures et l’ex-esthéticienne possédaient jusqu’à 50 biens.
À l’audience, Jean B a enchaîné les déclarations fleuries : « Si on est condamnés, on nous laissera le derrière râpé comme une dinde de Noël », a-t-il lâché. « Je regrette que ces personnes soient dans le caca », a-t-il ajouté.
Son avocat, Frédéric Monneret, a tenté de justifier : « Il s’agit d’une attitude de défense. Un prévenu, aussi salopard soit-il, doit voir sa culpabilité démontrée ».
Des réquisitions jugées trop sévères
Le procureur de la République, Mathieu Vernaudon, a requis dix ans de prison avec incarcération immédiate pour le couple B, assortis d’une amende de 2,5 millions d’euros chacun. Il a également demandé de la prison ferme et des mandats de dépôt pour d’anciens commerciaux et un avocat.
Pour les avocats de la défense, ces peines sont « ahurissantes de sévérité ». Ils ont plaidé la relaxe en invoquant notamment un délai de jugement « déraisonnable » après plus de 20 ans d’attente.
Un procès utile, mais incomplet
Seule une minorité des prévenus a exprimé de la compassion envers les victimes. « Ils n’ont pas conscience de l’ampleur de ce qu’ils ont fait. Certains ne le regrettent même pas », a déploré Jean Imbert, vice-président de l’association de victimes.
Il salue tout de même l’utilité du procès : « Cela a permis d’aller au fond des choses dans un dossier extrêmement complexe », même s’il regrette l’absence des promoteurs.
La décision finale du tribunal est attendue pour le 15 janvier 2026. Elle pourrait marquer un premier pas vers l’indemnisation des centaines de victimes de l’affaire Apollonia.
Avec AFP







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