Des véhicules incendiés, des tags énigmatiques, des tirs à l’arme automatique et une inscription intrigante sur une porte blindée : depuis dimanche soir, plusieurs établissements pénitentiaires répartis sur l’ensemble du territoire français ont été la cible d’attaques coordonnées, de la banlieue parisienne à La Farlède, près de Toulon. Revue chronologique de cette série d’événements inédits.
Dans la nuit de dimanche à lundi, les premières attaques sont enregistrées. Il est 23h15 lorsqu’un groupe d’individus met le feu à plusieurs véhicules stationnés sur le parking de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) à Agen, avant de prendre la fuite, selon une source policière.
Un témoin parvient à filmer la scène. Le parquet fait état de sept véhicules « détruits ou dégradés ». À près de 600 kilomètres, à Réau en Seine-et-Marne, un feu similaire est signalé par les pompiers à 05h05 du matin, sur un parking réservé aux agents du centre pénitentiaire.
Des résidus d’essence sont retrouvés sur les lieux. À Nîmes, à proximité de la maison d’arrêt, huit véhicules sont brûlés dans la nuit sur le site d’une concession Toyota, confirme le parquet local.
Gérald Darmanin, en direct de Toulon : « La République ne reculera pas », dans #Punchline pic.twitter.com/Qf8859ZALW
— CNEWS (@CNEWS) April 15, 2025
Le lundi soir, les actes se poursuivent et prennent une tournure plus violente. Vers 20h00, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine, deux personnes incendient la voiture d’un employé de la maison d’arrêt. Un bidon d’essence est retrouvé à proximité, selon une source policière.
À 21h10, un véhicule est également brûlé devant la prison de Nîmes, par trois individus qui prennent aussitôt la fuite, comme le montrent des images de vidéosurveillance. À Valence, dans la Drôme, deux véhicules appartenant à des surveillants sont incendiés aux alentours de 21h45, à proximité de la maison d’arrêt. Les enregistrements vidéo montrent un homme arrivé en trottinette, qui inscrit en rouge au sol le sigle « DDPF » (droits des prisonniers français), avant d’enflammer les véhicules et de filmer la scène. Il s’échappe ensuite rapidement.
À Villepinte, en Seine-Saint-Denis, les secours interviennent à 22h20 sur le parking de la maison d’arrêt, où trois véhicules – dont deux appartenant à des agents pénitentiaires – sont en feu. Un bidon de cinq litres d’hydrocarbures est retrouvé sur place, rapporte une source policière.
À Marseille, dans la nuit, « 10 véhicules pénitentiaires ont été tagués de l’inscription +DDPF+», déclare Martine Vassal, présidente du département des Bouches-du-Rhône (Divers droite), dans un message publié sur le réseau social X.
L’attaque la plus spectaculaire survient aux alentours de 00h40. Selon le procureur Samuel Finielz, « plusieurs individus », arrivés à bord d’un véhicule, ouvrent le feu à la kalachnikov sur la porte du centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède (Var). Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, confirme l’usage d’une arme automatique de type kalachnikov.
Une dizaine de douilles sont retrouvées sur les lieux, indique le magistrat. Une inscription énigmatique, « DDFM », est également découverte en lettres rouge orangé sur la porte grise par laquelle circulent habituellement les fourgons pénitentiaires, selon un journaliste de l’AFP.
Face à cette série d’événements, les autorités réagissent dès mardi matin. Gérald Darmanin publie un message sur X, alertant : « Des établissements pénitentiaires font l’objet de tentatives d’intimidation allant de l’incendie de véhicules à des tirs à l’arme automatique ». Le garde des Sceaux affirme que la République, « confrontée au narcotrafic » et « défiée », « saura être ferme et courageuse ».
Dans la nuit de lundi à mardi, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau indique avoir ordonné aux préfets de renforcer sans délai la sécurité des agents et des établissements, en coordination avec les forces de l’ordre. Très rapidement, le parquet national antiterroriste (Pnat) se saisit de l’enquête.
Reste à déterminer qui se cache derrière ces attaques. Toutes les pistes sont explorées, depuis les réseaux de narcotrafiquants jusqu’aux mouvements d’ultra gauche, confie une source proche du dossier à l’AFP.
« On ne peut pas attaquer à la kalachnikov impunément un centre pénitentiaire », s’est indigné Gérald Darmanin lors d’un déplacement à La Farlède. Sans évoquer directement une implication de l’ultragauche, le garde des Sceaux insiste sur l’intensification des actions menées contre le narcotrafic.
Il rappelle qu’une proposition de loi en ce sens est sur le point d’être adoptée au Parlement. Selon lui, ces mesures « manifestement stressent le monde de la criminalité organisée ».
(Avec AFP)





