Longtemps réservée aux séjours à la montagne et aux week-ends d’hiver, la raclette s’impose désormais sur les tables de fêtes. À Noël, ce repas simple, convivial et abordable séduit de plus en plus de familles, dans un contexte économique tendu où l’envie de se retrouver l’emporte sur le faste des menus traditionnels.
Pour les professionnels de la restauration et de la distribution, la tendance ne fait plus débat. « La raclette c’est le gros carton ces derniers temps. Et cette année, on est encore monté d’un cran », observe auprès de l’AFP Bernard Boutboul, président du cabinet Gira Conseil. Selon lui, le succès repose sur des critères simples : « C’est convivial, réconfortant, et ça ne demande pas des heures de préparation ».
Un constat partagé par de nombreux particuliers. Sara Gaillard, 34 ans, a tenté l’expérience en famille lors du réveillon de Noël précédent. « Ça permet de passer un bon moment sans se compliquer la vie », explique la Lilloise. « Tout le monde aime le fromage, chacun peut manger à son rythme, et avec les enfants, c’est beaucoup plus facile ».
Repas festif sans passer des heures en cuisine ?
À Montreuil, Antoine Lajoie, quadragénaire, a lui aussi franchi le pas il y a deux ans. « C’est plus pratique que de passer deux jours en cuisine », assure-t-il. Un argument de poids à l’approche des fêtes, lorsque la préparation des repas devient parfois source de stress plutôt que de plaisir.
Dans les rayons de la grande distribution, les chiffres confirment cette évolution des habitudes. « Je prédis une fois de plus un Noël à la raclette », a affirmé sur France 2 Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U. « On nous commande déjà davantage de plateaux de raclette pour les fêtes que les autres années », souligne-t-il.
Selon le dirigeant, cette dynamique s’est installée « depuis deux ou trois ans », en lien direct avec la crise inflationniste. Au-delà de la convivialité, c’est bien le rapport qualité-prix qui fait la différence.
Le rapport qualité-prix qui pèse dans la balance
En 2022, le coût moyen d’un panier de Noël traditionnel atteignait 138 euros par foyer français, selon une étude du cabinet NielsenIQ. Ce panier comprenait notamment dinde fermière, saumon fumé, foie gras, Saint-Jacques, champagne et accompagnements surgelés.
À l’inverse, un repas raclette pour quatre personnes, incluant charcuterie, fromage, pommes de terre et une bouteille de vin blanc, revenait à moins de 35 euros. Une différence significative dans un contexte de pouvoir d’achat contraint.
« Les Français n’ont pas beaucoup le moral. Un sur deux a des difficultés à boucler les fins de mois (…). En revanche, ils tiennent à passer un beau moment en famille à Noël », analyse Dominique Schelcher. Une lecture que partage Candice Alvarez, consultante lifestyle chez NellyRodi : « On est dans un contexte anxiogène, économique et géopolitique. Les gens n’ont pas envie de se prendre la tête : ils veulent aller à l’essentiel, se faire plaisir et se rassembler ».
Une pratique encore plus marquée à la Saint-Sylvestre
Pour autant, la raclette ne remplace pas totalement le repas traditionnel de Noël. « C’est devenu un vrai must de la fin d’année, clairement. Et c’est vrai qu’on observe une décontraction des repas, de la réception à la maison. Mais de là à remplacer le repas de Noël par une raclette… », nuance Anne-Claire Paré, dirigeante du cabinet Bento.
Certains amateurs se heurtent encore aux traditions familiales. Mickaël, 38 ans, confie adorer l’idée d’une raclette le 24 décembre, mais sa famille s’y oppose. Du côté des fromagers, la tendance reste contrastée.
À Paris, la fromagerie La Fermette observe une hausse des ventes de fromage à raclette ces dernières années. En revanche, à Septeuil dans les Yvelines, Stéphane Uriot ne constate pas de changement notable pour le réveillon de Noël. « Les gens cuisinent plus au réveillon de Noël qu’au réveillon du jour de l’An », explique-t-il. Même constat à Tours, où Camille Peretti note que le fromage fondu s’invite surtout le 31 décembre, tandis que le 24 reste dominé par le plateau traditionnel.






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