Nettement distancé au premier tour des légis­la­tives, le camp d'Emmanuel Macron a tenté dès dimanche soir de mettre la pression sur la gauche, appelée au "rassem­blement" face à la menace du Rassemblement national, mais se divise d'ores et déjà sur le cas de La France insoumise.

Selon les premières estima­tions, le camp prési­dentiel recueille, en fonction des instituts, entre 20,7% et 22,1%. Les macro­nistes sont nettement distancés par le RN (33,5-34%) mais aussi par le Nouveau Front populaire (28,1%-29,1%).

Ce score clôt d'ores et déjà un second chapitre de l'ère Macron, après la domination sans partage sur l'Assemblée nationale entre 2017 et 2022 (plus de 32% au premier tour, 350 députés) et le sérieux coup d'arrêt subi en 2022, avec la perte de la majorité absolue, quelques semaines après la réélection du chef de l'Etat.

La disso­lution surprise prononcée par le président après le revers (14,80%) subi aux européennes n'a donc pas porté ses fruits. Même s'il évite la déroute totale qui était crainte dans les états-majors.

Et le président, accusé de toutes parts d'exercer un pouvoir solitaire et vertical depuis son arrivée à l’Élysée, n'en risque pas moins d'être contraint à la cohabi­tation avec l'extrême droite, une première. Ou, pour l'éviter, à rechercher les voies d'une entente avec la gauche.

Dès 20H00, le chef de l'Etat s'est tourné vers le second tour avec une décla­ration écrite appelant, face au RN, à "un large rassem­blement clairement démocrate et républicain pour le second tour". Sous-​entendu : sans La France insoumise (LFI).

"L'extrême droite est aux portes du pouvoir" et "notre objectif est clair : empêcher le Rassemblement national d'avoir une majorité absolue au second tour", a ajouté Gabriel Attal depuis Matignon.

Si "plusieurs centaines" de repré­sen­tants de la majorité seront présents au second tour, le Premier ministre a annoncé le "désis­tement" des candidats "dont le maintien en troisième position aurait fait élire un député Rassemblement national face à un autre candidat qui défend comme nous les valeurs de la République".

- Dissonances sur LFI -

Mais cette posture floue face à LFI n'est pas unanime chez Renaissance. "Aucune ambiguïté, aucun ni-​ni. Le fait politique, c'est qu'on a l'extrême droite aux portes du pouvoir, donc on ne peut pas se permettre de tergi­verser". "Donc il faut faire barrage partout", a plaidé l'ex-ministre Clément Beaune, lui-​même battu à Paris.

Le ministre Roland Lescure a lui aussi appelé à "tout faire" pour empêcher une majorité absolue du RN en prônant le désis­tement de "tous [les] collègues" de la majorité arrivés en troisième position.

Des positions à l'opposé de celle de la ministre Aurore Bergé, qui ne "votera jamais pour un LFI", ou de la prési­dente de l'Assemblée sortante Yaël Braun-​Pivet qui "en aucun cas" ne "pourrait appeler" à voter pour "un certain nombre de candidats" qui ne "partagent" pas les valeurs de la majorité.

"Jamais une voix pour la France insoumise. Le combat contre le projet funeste du RN ne peut s'accomoder de la moindre compro­mission avec l'antisémitisme et la violence", a jugé Benjamin Haddad, en ballottage favorable à Paris.

Tout en criti­quant LFI, François Bayrou et le président de l'UDI Hervé Marseille ont eux évoqué un examen au cas par cas, en fonction des profils et des circonscriptions.

Premier exemple dans la Somme : la candidate Ensemble, Albane Branlant, s'est retirée au profit de l'Insoumis François Ruffin, en ballottage face à un RN. "Je fais une diffé­rence entre des adver­saires politiques et les ennemis de la République", a-​t-​elle déclaré.

Saluant des "prises de position respon­sables", le PS a appelé Renaissance à "recon­si­dérer, sans délai", ses "premières expressions".

A Marseille, la ministre Sabrina Agresti-​Roubache s'est également retirée. Plusieurs ministres sont en troisième position, notamment Fadila Khattabi en Côte-d'Or, Dominique Faure en Haute-​Garonne, Patricia Mirallès dans l'Hérault ou encore Marie Guévenoux dans l'Essonne.

Mais du côté d'Horizons, Edouard Philippe a été parti­cu­liè­rement ferme face aux Insoumis, estimant depuis Le Havre qu'"aucune voix" ne devait se porter sur le RN comme sur le parti de Jean-​Luc Mélenchon, et prônant le retrait de ses candidats arrivés troisième en cas de risque de victoire.

Une position qui a provoqué l'ire de la gauche. "Mettre sur le même plan le Rassemblement national ou La France insoumise est une mécanique inaccep­table et insup­por­table et elle doit s'arrêter immédia­tement", a réagi sur BFMTV le coordon­nateur de LFI, Manuel Bompard, alors que LFI a annoncé retirer ses ses candi­da­tures dans les circons­crip­tions où elles est arrivée troisième et où le RN est en tête.

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