Une scène étonnante a figé l’Assemblée nationale ce jeudi lorsque les députés proches d’Eric Ciotti ont déserté l’hémicycle en pleine journée réservée à leur groupe. Face à une pluie d’amendements et de discours poétiques de la gauche bloquant l’examen d’un texte sur les mariages d’étrangers, le maire de Nice a interpellé sans succès le gouvernement pour forcer le vote.
Les travées du Palais Bourbon ont pris des allures de théâtre absurde en l’espace de quelques heures. Des sièges laissés complètement vides par leurs propres occupants, face à une opposition en pleine démonstration de force.
Ce jeudi, le groupe Union des droites pour la République (UDR), présidé par le maire de Nice Eric Ciotti, a vu sa journée parlementaire annuelle totalement paralysée à l’Assemblée nationale.
Ses élus avaient pourtant stratégiquement placé en tête de leur niche un texte centriste, déjà adopté au Sénat, destiné à « protéger les maires ». Ces derniers se retrouvent, selon les défenseurs de la mesure, « complices involontaires d’un détournement de la loi » lors de célébrations d’unions impliquant des personnes en situation irrégulière.
La manœuvre s’est très vite heurtée à un barrage tactique implacable. Les députés des quatre groupes de gauche, avec les Insoumis en première ligne, ont fermement décidé d’empêcher tout vote avant la clôture imposée des débats à minuit.
Jugeant cette proposition de loi « raciste et xénophobe », l’opposition a abattu un arsenal procédural complet. Dépôt de centaines de sous-amendements, rappels au règlement incessants et suspensions de séance en série ont bloqué net l’avancée des discussions.
L’hémicycle déserté et le gouvernement interpellé
Les troupes ciottistes ont choisi l’esquive en quittant la salle dès la matinée.
Dans leur sillage, les députés du Rassemblement national, les élus LR et une bonne part des macronistes ont emboîté le pas. Ce retrait a laissé les élus de gauche et quelques rares représentants du bloc central en quasi tête-à-tête avec Sébastien Chenu (RN), président de séance.
L’élu azuréen Eric Ciotti a rapidement interpellé l’exécutif pour sortir de l’impasse. « La gauche veut saboter ce texte attendu par une immense majorité de Français visant à protéger les maires de France. C’est maintenant au gouvernement de prendre ses responsabilités en mettant fin à ce blocage qui humilie le parlement », a-t-il déclaré à la mi-journée.
Une requête renouvelée dans un climat très crispé à la reprise des débats à 15h00. Le groupe UDR a formellement demandé au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, d’activer l’article 44 alinéa 2 de la Constitution. L’outil permet au gouvernement de limiter le nombre d’amendements examinés pour précipiter le vote.
Malgré son soutien sur le fond du texte, le garde des Sceaux a sèchement refusé. « Il est beaucoup trop tôt (dans la journée) pour utiliser les armes du parlementarisme rationalisé », a-t-il argué.
Après avoir réuni les présidents de groupes, le ministre a d’ailleurs constaté qu’une majorité d’entre eux rejetait cette manœuvre. Une fin de non-recevoir qui a provoqué la fureur du leader de l’UDR, assénant au ministre : « Vous avez un discours de fermeté, mais vous avez des actes de lâcheté ».
Balavoine et poèmes au perchoir
Sur le papier, la mesure devait donner le pouvoir aux officiers d’état civil, maires et adjoints, d’exiger des futurs époux étrangers « tout élément lui permettant d’apprécier leur situation au regard du séjour ». Le but était de fournir des billes supplémentaires pour signaler au procureur une union perçue comme un mariage « arrangé ».
Le groupe UDR ne pouvant réglementairement retirer ce texte initié par le sénateur Stéphane Demilly (Union centriste), les députés restants ont assisté à une longue succession de prises de parole étonnantes.
Face à un Sébastien Chenu qualifié de bon public, les déclarations humanistes et les effets oratoires se sont multipliés. Lecture de poèmes, partage de courriers rédigés par des personnes sans-papiers et références appuyées au tube « Sauver l’amour » de Daniel Balavoine ont animé la matinée.
Le député LFI François Piquemal s’est fait longuement applaudir en égrenant les prénoms de couples qu’il se réjouissait d’unir. Faisant écho au slogan de Jean-Luc Mélenchon, il a affirmé avoir « l’honneur de marier à Toulouse en tant que conseiller municipal », concluant par un très sonore : « Vivent les mariés ! Vive la Nouvelle France ! ».
Un concours d’éloquence qui irrite le camp présidentiel
La moquerie est devenue l’arme principale au pupitre. En détournant un célèbre cri de ralliement antifasciste italien, l’élu LFI Hadrien Clouet a amusé ses rangs avec un piquant : « Siamo tutti anti-Ciotti ».
Son confrère Paul Vannier a poussé le sarcasme jusqu’à évoquer la vie privée du président du Rassemblement national et sa relation avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. « Nous disons oui à l’amour entre Jordan de Monaco et sa princesse, fût-elle étrangère », a-t-il ironisé.
Ces envolées lyriques ont fini par lasser les rangs macronistes, impatients face au blocage. Le député Horizons Sylvain Berrios a sévèrement jugé l’ambiance globale : « Sur un texte aussi attendu par les maires et aussi attendu par les Français, je trouve, et on peut trouver cette mascarade un peu lamentable ».
Un parfum de déjà-vu amer flotte sur l’Assemblée pour le camp d’Eric Ciotti. L’an passé, le groupe allié au Rassemblement national avait déjà tenté d’imposer cette même proposition de loi lors de sa niche. La gauche avait alors appliqué l’exacte même méthode d’obstruction, coulant le texte avant les coups de minuit.
Nice-Presse avec dépêche






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