Souvent pris pour un édifice catholique, le temple protestant renferme une histoire profondément locale. Fondée par un Mentonnais au XIXe siècle, l’église réformée a vu passer les oppositions, les hivernants étrangers… Et même le séisme de 1887 !
À deux pas de la mairie, sa façade intrigue régulièrement les passants. « Elle est tout à fait azuréenne, fondée par un Mentonnais » souligne dans Menton-Presse le pasteur Walter Techera-Marset. Ce natif, c’est Jean-Marie Trenca, issu d’une famille de notables. Un nom encore familier en ville, puisqu’une rue porte son nom.

L’histoire commence au milieu du XIXe siècle. La perle de la Riviera appartient encore au royaume de Piémont-Sardaigne. Jean-Marie Trenca rencontre alors un colporteur protestant, venu vendre des Nouveaux Testaments en italien. Il en achète un pour un soldat de la garnison, puis se convertit lui-même à la lecture du texte…
Trenca commence ensuite à rencontrer des protestants installés ou de passage dans la cité du citron, souvent venus d’ailleurs. L’actuel édifice religieux prend forme en 1857, avant de trouver progressivement sa place dans la commune.
Un temple protestant à côté de la mairie
On a d’abord circulé. Rue Palmaro, rue Longue, rue Pieta… Les premiers cultes se vivent dans des maisons privées, avant la construction du temple près de l’actuelle place des Carmes, inauguré en 1868.

Son emplacement reste l’une de ses grandes particularités. « La chose extraordinaire, c’est qu’une église protestante soit située là, à côté de l’hôtel de ville » observe Walter Techera-Marset. Dans l’histoire française, marquée par les guerres de religion, les temples se trouvaient souvent loin des symboles du pouvoir…
À Menton, c’est l’inverse. Sa construction tient elle aussi du petit miracle. La communauté est alors modeste, mais bénéficie de dons venus de fidèles et d’un legs transmis depuis l’espace germanique.« C’est grâce à cela qu’elle a pu être construite, très rapidement d’ailleurs. »
Le séisme de 1887, un moment fondateur
Le temple résiste surtout à l’un des grands drames de l’histoire mentonnaise : le tremblement de terre du 23 février 1887. De nombreux bâtiments sont endommagés. Lui tient bon.

Mieux encore, il devient un lieu de secours. « Il a permis d’accueillir pendant des mois des gens qui habitaient ici. » Des familles, des enfants, des habitants sortis de chez eux sans rien y trouvent alors refuge. La paroisse distribue aussi de la nourriture.
À cette époque, le pasteur Jules Delapierre marque profondément les mémoires. Premier titulaire, nommé en 1862, il donne une stabilité à cette jeune paroisse. Avec son épouse Éléonore, il participe aussi à l’action éducative, avec une école du dimanche et une école de semaine.

Pendant plusieurs mois après le séisme, l’église devient tour à tour salle d’école, atelier, dortoir et lieu d’entraide. Le jardin sert même de réfectoire pour des enfants.
« Nous avons vingt-cinq familles aujourd’hui » précise Walter Techera-Marset. Un panel international, avec des fidèles venus de France, d’Inde, d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, d’Afrique ou encore des États-Unis.
Un paradoxe demeure : « Nous n’avons pas vraiment réussi à prendre racine parmi les locaux. » Avant de sourire. « Et pourtant, c’est peut-être bien la communauté la plus mentonnaise de toutes ! »






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