Derrière les murs imposants du mythique Régina, un lieu chargé d’histoire domine toujours fièrement le quartier Cimiez. Ce bâtiment, véritable joyau de l’architecture Belle Époque, est l’objet de récits fascinants, d’anecdotes surprenantes… et de secrets bien gardés.
Construit entre 1895 et 1897, le Régina s’inscrit dans le cadre de la transformation de Cimiez en un quartier résidentiel et touristique de luxe. Le boulevard, tracé dès 1884, avait vu plusieurs hôtels de prestige s’y installer, mais c’est véritablement l’arrivée du Régina qui en fait un lieu incontournable.

Ce palace de 400 chambres, surplombant la ville et offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, a rapidement attiré l’élite européenne, de la royauté en passant par des artistes de renom, en quête de douceur hivernale.
« Bien qu’il ne soit pas le premier palace de la ville, il représente toute la grandeur et l’audace architecturale de l’époque » explique Véronique Thuin, guide au sein du groupe « Recherche et inventaire » de la municipalité.
La reine Victoria, illustre résidente
Parmi les hôtes de marque du Régina, une figure se démarque : la reine Victoria. Passionnée par la Côte d’Azur, elle fit de l’hôtel sa résidence hivernale pour un temps. Séduite par la quiétude de Cimiez, elle avait d’abord résidé dans l’ancienne pension Vitali, plus modeste, avant de choisir le Régina.

« Elle n’a pas été la première à découvrir Cimiez, mais c’est véritablement elle qui a boosté l’économie du quartier », précise Véronique Thuin. La présence de la souveraine britannique, régnant alors sur un empire immense, a en effet propulsé le coin sur la scène internationale.

Son arrivée est suivie par une vague d’aristocrates et d’hivernants venus d’Europe et au-delà, transformant radicalement la vie économique et sociale de la région.
Le Régina, malgré sa splendeur extérieure, a également connu quelques déboires. Sa construction a suscité une vive polémique auprès le l’ancien hôtel de la reine Victoria, qui s’est retrouvé enclavé derrière la façade imposante du joyau, qui s’est dressé juste devant lui. Privant le petit concurrent d’une part de sa vue panoramique.


« Une véritable catastrophe pour l’ancien propriétaire », relate Véronique Thuin, « qui a ainsi perdu l’une de ses principales attractions : la reine Victoria. » Aujourd’hui, une plaque lui rendant hommage est apposée sur les murs de cette première résidence, baptisée « Pavillon Victoria », devenue plus tard une partie intégrante de l’hôpital.
Henri Matisse en a fait son atelier
Et le Régina n’a pas séduit que les aristocrates. Henri Matisse, l’un des plus grands artistes du XXe siècle, a choisi ce palace pour y établir à la fois sa résidence et son atelier. Il y a acheté deux appartements, profitant du cadre inspirant et de la lumière unique de la Riviera.

Les jardins luxuriants, reliés par un pont à l’édifice, entièrement tournés vers le Sud, ont apporté une touche de magie, tout comme les avancées techniques qui en ont rapidement fait un modèle d’innovation.
« Un élément très caractéristique, ce sont les ampoules qui éclairaient l’enseigne. C’était une révolution pour l’époque. » Ces détails, aujourd’hui anodins, ont marqué son caractère avant-gardiste.

Si le Régina a été vendu en copropriété en 1937 au promoteur Victor Saglia, transformé ensuite en appartements privés, il n’a rien perdu de sa superbe. Le hall d’entrée a conservé ses lustres somptueux…

Aujourd’hui, ce sont des particuliers qui y ont posé leurs malles. Le monument doit son existence à Antonin Raynaud, qui avait acheté le terrain à l’époque pour bâtir le Régina sur ses propres deniers. « Il était originaire de Grasse et a fait fortune dans la parfumerie. Pour réaliser ce projet, il s’est appuyé sur Sébastien-Marcel Biasini, un architecte qui vivait dans la maison en face. » Un projet titanesque, qui fait encore aujourd’hui débat, « entre ses admirateurs » et « ceux qui l’estiment démesuré. »






