Longtemps chez elle sur la Côte d'Azur, la droite a pris la vague lepéniste de plein fouet et se retrouve dans la tourmente entre l'alliance pour l'instant gagnante d'Eric Ciotti avec le RN.

Après avoir avalé le Var voisin, le Rassemblement national a assis sa position dans les Alpes-​Maritimes, avec ses trois députés déjà réélus ou en passe de l'être.

Déjà, aux élections européennes, la liste RN de Jordan Bardella avait largement devancé celle LR de François-​Xavier Bellamy dans le dépar­tement, avec 37,7% des voix contre 8,9%.

Dans ce contexte, le choix de M. Ciotti de s'allier avec le RN pour les légis­la­tives est apparu parmi ses détrac­teurs locaux, mais aussi certains de ses anciens partisans, comme l'aboutissement logique d'un parcours politique toujours plus à droite et comme le sursaut d'un député menacé dans sa circonscription.

En ce sens, le pari semble gagné : élu depuis 2007, il est en ballotage plus favorable que lors des scrutins précé­dents, avec 41% des voix, devant le NFP Insoumis Olivier Salerno (26,6%) et le candidat macro­niste Graig Monetti (22,8%), qui a refusé de se désister.

Idem pour les deux autres ciottistes candidats à Nice : Christelle D'Intorni est déjà réélue et Bernard Chaix est lui aussi en ballotage favorable (41,5%) devant la NFP/​PS Laure Quignard (27,2%), même si le sortant macro­niste Philippe Pradal (25,4%) s'est retiré.

"Tout le monde nous demandait cette alliance sur le terrain. Les gens veulent du changement", a assuré M. Chaix à l'AFP. Les militants et sympa­thi­sants de droite l'espéraient "depuis Charles Pasqua", assure Mme D'Intorni.

Pour les figures locales LR qui n'ont pas suivi cette alliance avec le RN, les résultats ont été plus sombres. A commencer par Michèle Tabarot, députée depuis 2002 au Cannet, devancée dans son propre fief par Franck Galbert, un opposant local jusqu'alors resté très loin des scores nationaux du RN (42,3% contre 33,8%).

- "Il y a le feu" -

"Les gens en ont marre de cette droite mollas­sonne", a expliqué à l'AFP Thierry Ferrand, candidat RN arrivé devant le sortant LR Eric Pauget (42,3% contre 33,8%) dans la circons­cription d'Antibes.

Même Alexandra Martin, députée sortante partie avec le maire de Cannes David Lisnard pour suppléant, a vu une infir­mière libérale totalement néophyte, Dorette Landerer, lui passer devant à Cannes (39,8% contre 32%), où M. Lisnard avait été réélu avec 88% aux munici­pales de 2020.

"Dans le dépar­tement, ça fonctionne beaucoup sur un système de barons locaux", explique à l'AFP une source LR locale : "C'est vrai qu'ils ont du mal face au RN, mais je pense que ça va marcher pour eux, qu'ils vont se mobiliser et l'emporter au second tour".

Pas de suspense en revanche pour les trois candidats soutenus par M. Estrosi, le maire Horizons de Nice, parti de LR en 2021 : sur les bureaux de vote niçois de leurs circons­crip­tions, ils finissent loin des candidat ciottistes (22% contre 41,6%) et sont même devancés par les candidats NFP (26,5%). Ce qui pose les bases d'une lutte acharnée pour les munici­pales de 2026.

En attendant cette échéance, M. Estrosi a repris maille avec ses "amis de toujours" des LR "canal histo­rique" au conseil dépar­te­mental, longtemps dominé par les ciottistes. "Nous avons quelque chose à recons­truire ensemble", assure-​il en citant, entre autres, Mme Tabarot.

Mais M. Ciotti, qui ambitionne de refondre LR en s'appuyant sur les militants du parti, maintient son soutien à ses "amis" Alexandra Martin et Eric Pauget, pourtant en duels face à ses alliés du RN.

"L'enjeu pour Eric Ciotti, c'est de conserver la commission des finances du dépar­tement", un poste qui lui donne "des moyens et des colla­bo­ra­teurs", assure la source locale LR : "Mais il peut y avoir une recom­po­sition dans les semaines à venir. A moyen terme, il pourrait être perdant".

Pour l'instant, le président du conseil dépar­te­mental, Charles-​Ange Ginésy, garde le silence. "Il y a le feu, je cherche de l'eau pour l'éteindre", s'est-il contenté de déclarer. Observant ces mouve­ments, un respon­sable RN local commente : "Le gros problème, c'est que tous ces gens se détestent profondément".

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