A quatre mois des municipales, le 107e Congrès des maires débute mardi dans une atmosphère sous tension, entre instabilité politique nationale et nouvelles limites budgétaires pesant sur des communes déjà éprouvées.
Organisée du 18 au 20 novembre au Parc des expositions de Paris, cette édition de l’Association des maires de France (AMF), la dernière avant les municipales de mars 2026, affiche comme thème la « liberté », un mot qui résonne avec les avertissements répétés des élus sur la réduction de leur marge de manœuvre.
L’AMF, représentant presque toutes les 34.875 communes françaises, défend de longue date une montée en puissance des pouvoirs locaux, alors que la plupart des outils fiscaux communaux ont disparu.
Les chiffres annoncent un rassemblement exceptionnel avec 12.000 élus, dont 1.000 venus d’outre-mer, près de 2.000 invités et une soixantaine de débats et ateliers.
Sur le plan politique, une dizaine de ministres feront le déplacement, et le discours très attendu de Sébastien Lecornu jeudi doit préciser les orientations budgétaires et les contours d’un nouvel acte de décentralisation.
Un congrès sous tension politique et pressions financières croissantes
L’événement survient dans une période crispée, marquée par une « vie de l’exécutif en sursis » et une « vie parlementaire en hystérie », selon David Lisnard, président de l’AMF. Pour le constitutionnaliste Benjamin Morel, « la campagne municipale prend assez peu », les partis restant focalisés sur le budget.
Les maires demeurent inquiets face à l’éventualité d’une dissolution début 2026, qui pourrait entraîner des législatives en même temps que les municipales, une situation que Martial Foucault juge potentiellement « catastrophique démocratiquement ».
Sur le volet financier, la mise à contribution de 4,7 milliards d’euros annoncée pour 2026 est dénoncée comme une « ponction », voire une facture réelle de 7,5 milliards selon les communes. André Laignel évoque une « purge massive » dans un contexte de « délitement important de la santé financière des collectivités territoriales », contrairement à l’analyse plus optimiste de la Cour des comptes.
Sébastien Lecornu pourrait cependant annoncer un allègement supplémentaire pour les communes et intercommunalités. Malgré les crises, les démissions et les violences subies, près de six maires sur dix envisagent de se représenter en 2026, d’après l’enquête AMF/Cevipof-Sciences Po.
Face au risque de perte de vocations, l’AMF multiplie les initiatives afin d’encourager l’engagement citoyen. La plénière d’ouverture traitera de la sécurité et du rôle du maire dans la prévention de la délinquance, alors que le narcotrafic gagne désormais les zones rurales.
Les discussions s’étendront des enjeux de transition écologique aux cryptomonnaies, en passant par la prévention en santé. Bien que l’AMF tente de tenir à distance le jeu politique, celui-ci pourrait s’inviter discrètement alors que le Rassemblement national, haut dans les sondages, mise sur les municipales.
Selon Benjamin Morel, « l’AMF est fragilisée » par la pression croissante de LFI et du RN au niveau local. Les partis traditionnels, PS et LR, longtemps dominants dans les collectivités mais affaiblis nationalement depuis 2017, collaborent désormais davantage avec la majorité, ce qui fait perdre de sa force au front uni affiché par les collectivités face au gouvernement.
- Ce qu’il faut retenir : Le congrès se déroule dans un climat politique et financier très tendu pour les communes. Les maires s’inquiètent des réformes budgétaires et d’un possible télescopage électoral. Malgré les pressions, l’engagement des élus locaux demeure élevé.
Avec AFP






