Le procès de Cyril Z, « hypnothérapeute » autoproclamé accusé d’avoir drogué puis violé au moins 14 femmes et d’en avoir filmé près d’une vingtaine à leur insu, se déroulera finalement à huis clos devant la Cour criminelle des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence. Une décision prise dès l’ouverture des débats, à la demande d’une partie civile, au nom de la protection et de la dignité des victimes.
Quelques minutes auront suffi. À peine ouvert, le procès de Cyril Z a basculé dans une configuration exceptionnelle, excluant le public et la presse des débats. Après une courte suspension d’audience lundi, le président de la cour, Roger Arata, a ordonné le huis clos, rappelant le cadre légal qui s’impose dans les affaires de viol.
Un huis clos ordonné dès l’ouverture de l’audience à Aix-en-Provence
La décision a été prise dès l’ouverture du procès devant la Cour criminelle des Bouches-du-Rhône. Le président Roger Arata a rappelé que le huis clos constitue une décision « de droit » lorsqu’une victime partie civile en fait la demande. La cour ne peut alors s’y opposer.
En conséquence, toutes « les personnes publiques », y compris les journalistes, ont été invitées à quitter la salle d’audience. Seules les parties civiles et les témoins sont désormais autorisés à assister aux débats. Les proches des victimes pourront, sur demande, être admis au cas par cas, avec l’accord de la personne ayant sollicité le huis clos.
Au nom de la dignité et de la parole des victimes
La demande de huis clos a été formulée par l’avocate d’une des parties civiles, Me Caroline Kazanchi, dès l’ouverture de l’audience. Elle a expliqué vouloir garantir « la dignité » de sa cliente.
« Le huis clos est là justement pour libérer la parole des victimes », avait-elle déclaré à l’AFP avant le procès.
À la sortie du tribunal, la mère d’une des parties civiles, qui a souhaité rester anonyme, disait comprendre cette décision. « On dit que la honte a changé de camp mais ça n’est pas toujours vrai… Imaginez aller retravailler après un procès comme ça… », confiait-elle.
Des victimes partagées sur la publicité des débats
Toutes les parties civiles ne partageaient toutefois pas la même position. Me Marylou Diamantara, qui représente six victimes, avait plaidé pour une publicité des débats, tout en réclamant un huis clos partiel.
« L’ensemble de mes clientes souhaite une publicité des débats parce qu’elles veulent être accompagnées de leur entourage sans limitation de nombre. Elles veulent que leur voix soit entendue du plus grand nombre, être un peu un lanceur d’alerte aussi pour de potentielles autres victimes », expliquait-elle à l’AFP avant l’audience.
Depuis le box des accusés, Cyril Z a réagi brièvement, estimant que « le droit revient aux victimes, je n’ai rien à dire à ce niveau-là ».
Un dossier marqué par la soumission chimique et des faits répétés
L’affaire débute en 2019, lorsqu’une étudiante de 24 ans porte plainte contre Cyril Z. La jeune femme explique l’avoir rencontré lors d’une soirée de danse, avant de le revoir pour une séance d’hypnose.
Après avoir partiellement consommé un verre de vin qu’il lui avait servi, elle ressent des bouffées de chaleur puis se réveille avec des souvenirs confus. Elle se souvient avoir vomi et avoir été pénétrée contre son gré. L’ADN de Cyril Z a été retrouvé sur les ongles et la culotte de la jeune femme.
Aujourd’hui âgé de 47 ans et en détention provisoire depuis presque cinq ans, l’accusé est poursuivi pour le viol de 14 femmes sur une période d’une dizaine d’années. Il est également renvoyé pour des atteintes à la vie privée, pour avoir filmé des femmes à leur insu.
Selon les enquêteurs, Cyril Z utilisait un mode opératoire bien rodé, glissant un somnifère dans un verre de vin ou d’eau servi aux femmes qu’il recevait, généralement chez lui, avant de profiter de leur état second.
Cet aspect de soumission chimique fait écho au procès des viols de Mazan, au cours duquel 51 hommes ont été condamnés définitivement pour des viols aggravés sur Gisèle Pelicot, alors qu’elle était assommée de médicaments par son mari.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP



