Appelée à arbitrer un duel entre une candidate RN et un candidat LFI, Nora Thérer, assis­tante mater­nelle de 48 ans, hésite, comme nombre d'électeurs avignonnais : "Au premier tour je n'ai voté pour aucun des "extrêmes". Je me retrouve devant ce choix, et je suis bien embêtée"…

Dans la 1ère circons­cription du Vaucluse, qui comprend la ville d'Avignon et les communes voisines du Pontet et de Morières-​lès-​Avignon, deux candidats radica­lement opposés vont s'affronter au deuxième tour des légis­la­tives : la députée sortante RN Catherine Jaouen et un repré­sentant du Nouveau front populaire.

Mais pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de Raphaël Arnault, figure de la Jeune garde antifas­ciste, réguliè­rement fustigé comme "le candidat fiché S". Des accusa­tions reprises mardi soir par Jordan Bardella, après la révélation de la mise en examen de huit membres de ce mouvement antifa soupçonnés d'avoir agressé un adolescent juif en mai à Paris, après un meeting pro-palestinien.

Le militant de 29 ans, qui a bénéficié d'un vote très fort dans les cités des quartiers populaires, a largement distancé au premier tour un candidat divers gauche dissident, Philippe Pascal. Figure du militan­tisme local, ce dernier était pourtant soutenu par quasiment tous les autres partis de gauche et la maire socia­liste d'Avignon, Cécile Helle, qui dénon­çaient en Raphaël Arnault, origi­naire de Lyon, un candidat "parachuté" et "trop extrémiste".

Arrivé troisième, sans possi­bilité de se maintenir, M. Pascal a appelé à voter pour son jeune rival dès le soir du premier tour. Sans enthou­siasme excessif, les partis de gauche se sont à leur tour rangés derrière Raphaël Arnault, tenant mardi une confé­rence de presse commune avec lui pour afficher leur mariage de raison "face à l'extrême droite".

- "Pas devin" -

"Je ne suis pas devin, mais je pense qu'une majorité de mes électeurs suivra cette recom­man­dation", estime M. Pascal, qui souligne que le total de voix des deux candidats de gauche au premier tour (24,8% et 18,3%) dépasse largement celui de la candidate RN (34,6%).

Mais, à l'image de Baptiste, étudiant de 22 ans qui préfère rester anonyme, certains électeurs de gauche s'avouent "perturbés", voire "en colère", face aux divisions dans leur camp.

Les candidats Reconquête ! et LR ayant drainé moins de 5% des suffrages à eux deux, ce sont donc les 16% de la candidate macro­niste Malika di Fraja qui sont l'objet de toutes les atten­tions. D'autant que celle-​ci reste mutique depuis dimanche.

Dans les rues d'Avignon, seuls de rares  électeurs de l'ex-majorité prési­den­tielle acceptent de s'exprimer, demandant tous à ne pas être cités nommément. Et ils sont partagés.

"L'extrême droite, jamais, donc barrage", lâche un ensei­gnant de 57 ans. "Quand même, il est inquiétant ce jeune activiste", lance une femme de 37 ans, en recherche d'emploi.

Face aux reports de voix impré­vi­sibles, "il ne faut vraiment pas trop de déper­dition de notre côté", analyse un élu local de gauche, qui pense que "sans doute 50% des électeurs Renaissance ne voteront pas" Raphaël Arnault. Reste à savoir s'ils s'abstiendront ou voteront RN.

Le jeune Insoumis s'attelle en tous cas à lisser son image : "Même moi j'aurais peur du portait qu'on a fait de moi", lâche-​t-​il. Mais sans renier son "combat antifas­ciste", ciment, avec le programme du NFP, de l'alliance qu'il espère victorieuse.

D'autant que mardi matin, des tags de croix celtique, symbole de groupus­cules d'extrême droite, notamment du GUD (Groupe union défense) tout récemment dissous par le gouver­nement, ont été retrouvés sur les locaux du centre LGBT d'Avignon, de la CGT locale et d'un centre alter­natif de la ville. Des actes "propulsés" par le RN, selon Raphaël Arnault.

"On n'est pas dans un problème de sécurité" dans ce cas là, a répondu la candidate RN mercredi matin sur France Bleu, tout en dénonçant ces tags, "bien évidemment".

Si la plupart des obser­va­teurs prédisent un résultat serré, une seule chose semble à peu près sûre. Dans la première circons­cription du Vaucluse, comme souvent ailleurs, le scrutin de dimanche sera pour beaucoup d'électeurs, comme Nora Thérer, "pas un vote pour, mais un vote contre".

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