Près de 150 opposants se sont rassemblés lundi autour d’un rond-point en périphérie d’Arles pour dénoncer le déploiement d’une immense ligne électrique aérienne. Ce projet, porté par l’État pour alimenter la zone industrielle de Fos-sur-Mer, prévoit l’implantation de 180 pylônes géants à travers la Camargue. Agriculteurs, élus et riverains redoutent un désastre écologique et paysager pour ce vaste territoire naturel.
Des dizaines de pancartes dressées dans le vent affichent les slogans « Non à la THT », « Zéro pylône » ou encore « Décarboner oui, massacrer non : je veux être consulté ». Sur le bitume d’un giratoire arlésien, une alliance singulière a donné de la voix lundi. Élus locaux, défenseurs de l’environnement, agriculteurs et simples citoyens ont uni leurs forces contre un gigantesque aménagement de 400.000 volts.
Ce rassemblement coïncide avec l’accélération d’un vaste plan prévu depuis plusieurs années. Le gestionnaire Réseau de transport d’électricité (RTE) pourrait d’ailleurs très prochainement lancer ses études de terrain.
L’infrastructure, destinée à relier Jonquières dans le Gard à Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, s’étirera sur 65 kilomètres en traversant directement une portion de la réserve naturelle camarguaise.
Une menace pour le couloir migratoire
Les 180 mâts métalliques projetés culmineront de 50 à 90 mètres d’altitude. Cette perspective est jugée « mortifère » par la coalition.
Un tel équipement représente un péril mortel pour l’avifaune locale, selon Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif THT 13-30 et membre de France Nature Environnement.
« Nous craignons une incroyable perte en biodiversité. L’une des causes de mortalité des grands échassiers, ce sont les pylônes électriques. Or, la Camargue, qui est couloir de migration, compte entre 70 et 90 millions d’oiseaux qui circulent sur son territoire au printemps, jusqu’à 120 millions à l’automne dont de nombreuses espèces protégées comme le héron cendré, l’aigle de Bonelli ou les flamants roses », détaille le militant.
L’enfouissement comme seule alternative
L’ambition initiale de décarboner le secteur marseillais et de Fos-Berre, l’un des plus polluants et émetteurs de gaz à effet de serre du pays, n’est absolument pas contestée par les manifestants.
« On est d’accord avec l’idée de départ de décarboner la zone de Fos-sur-Mer en passant du charbon ou pétrole à un fonctionnement électrique. On est 200% pour la ligne… mais pas en aérien ! », martèle le représentant associatif.
Pour l’État, ce maillage apparaît comme une infrastructure essentielle afin de sécuriser l’approvisionnement régional et réindustrialiser le secteur, particulièrement en pleine crise au Moyen-Orient qui a provoqué une flambée des prix de l’énergie.
Néanmoins, la question financière pèse lourdement sur la forme de l’installation. La facture de la version aérienne s’avérerait moins coûteuse, estimée à environ 400 millions d’euros, contre près de 4 milliards pour une solution entièrement souterraine selon RTE.
L’avertissement d’un durcissement
Cet impact territorial inquiète profondément les professionnels de la terre. Cédric Bernardi, agriculteur biologique de 47 ans possédant 120 hectares, craint les conséquences directes du chantier.
L’exploitant pointe les dangers « du champ électrique sur [les] animaux, comme pour le maraîchage avec une main-d’œuvre déjà difficile à trouver ou encore l’écotourisme avec une vue sacrifiée ».
Le ton du mouvement risque de changer rapidement si ces multiples opposants estiment ne pas être écoutés par les autorités publiques.
La mobilisation pourrait bientôt « passer à la vitesse supérieure » prévient le maraîcher, évoquant même la possibilité de voir naître une « Notre-Dame-de-Camargue », en référence directe à la célèbre contestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Nice-Presse avec agence






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