La police décompte 6.000 personnes à Nice, contre 30.000 manifes­tants reven­diqués. Il y en avait au moins 15.000, le centre-​ville de la capitale maralpine ayant vu passer une foule très dense.

Les syndicats, qui jouent leur va-​tout face au gouver­nement à quelques jours d'une probable adoption de la réforme des retraites au Sénat, ont salué mardi une "mobili­sation histo­rique", appelant le gouver­nement à ne pas y "rester sourd", même si les taux de grévistes restaient un peu en deçà des records.

Pour cette sixième journée d'action contre la réforme des retraites, les syndicats avaient annoncé vouloir mettre la France "à l'arrêt".

Peu avant le départ du cortège parisien vers 14H00, le secré­taire général de la CFDT Laurent Berger, a salué une "mobili­sation histo­rique au regard des 40 ou 50 dernières années" avec environ "20%" de manifes­tants en plus que lors de la journée du 31 janvier. Celle-​ci avait réuni 1,27 million de parti­ci­pants selon les autorités, 2,5 millions d'après les organisateurs.

Le gouver­nement "ne peut pas rester sourd" à cette mobili­sation contre le report de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, a insisté le leader de la CFDT.

"Ca va être la plus forte journée de mobili­sation depuis le début de ce conflit", a assuré à ses côtés le leader de la CGT, Philippe Martinez, mettant en garde l'exécutif contre "un passage en force (qui) ne ferait que mettre le feu aux poudres".

A Beaune en Côte d'Or, Audrey Sivadon, une ingénieure de 27 ans, et Gabrielle Laloy Borgna, une docto­rante de 26 ans, qui ont participé à quasi toutes les manifes­ta­tions précé­dentes expri­maient leur espoir de pouvoir encore changer les choses, malgré l'inflexibilité de l'exécutif. "La réforme va passer, après est ce qu'elle va être mise en appli­cation ?", demandait Gabrielle Laloy Borgna. "On a quand même une once d'espoir, sinon on ne serait pas là", a renchéri Audrey Sivadon.

Mais les taux de grévistes restaient un peu en deçà des meilleurs scores enregistrés depuis le début du mouvement, chez les cheminots (39% contre 46,3% le 19 janvier) comme chez les enseignants.

Dans la fonction publique d'Etat dans son ensemble, près d'un agent sur quatre était en grève, contre 28% lors de la première journée d'action le 19 janvier, et 19,4% le 31 janvier.

Chez EDF, le taux de grévistes s'élevait à 41,5% de l'effectif global, contre 44,5% le 19 janvier et 40,3% le 31 janvier.

Une nouvelle réunion de l'intersyndicale est prévue dans la soirée pour décider des suites du mouvement. Une nouvelle journée d'action samedi 11 mars est d'ores et déjà évoquée.

Une France à l'arrêt, "c'est évidemment mauvais pour nos conci­toyens", et "les premiers pénalisés, quand on a des grèves, ce sont les Français les plus modestes", avait critiqué lundi soir la Première ministre Elisabeth Borne.

Partout en France, les cortèges étaient fournis, à un niveau compa­rable à la mobili­sation record du 31 janvier. Ils étaient notamment entre 6.000 (préfecture) et 30.000 (CGT) à Nice, entre 13.000 et 23.000 à Bayonne, entre 20.500 et 55.000 à Grenoble ou encore entre 7.000 et 16.000 à Tarbes (Hautes-​Pyrénées).

A Marseille, où la journée avait débuté avec le message "l'heure est grève" écrit à la bombe sur plusieurs murs de la ville, la CGT a fait état de 245.000 manifes­tants (contre 205.000 le 31 janvier), 30.000 selon la préfecture (40.000 le 31 janvier).

Quelques échauf­fourées et tirs de projec­tiles ont été signalées, notamment à Paris ou encore à Lyon et Rennes, où des engins lanceurs d'eau ont été utilisés par les forces de l'ordre.

Au total, 10.500 policiers et gendarmes étaient mobilisés mardi en France, dont 4.200 à Paris.

"La colère"

La CGT avait prévu 265 rassem­ble­ments. Les rensei­gne­ments antici­paient, selon une source policière, entre 1,1 et 1,4 million de parti­ci­pants, dont 60 à 90.000 à Paris.

De nombreux barrages routiers étaient recensés, de Perpignan à Miramas (Bouches-​du-​Rhône) en passant par Poitiers ou Rennes, où des manifes­tants ont bloqué un important axe routier provo­quant de "nombreuses dégra­da­tions" selon la préfecture.

Sondage après sondage, les Français restent très majori­tai­rement opposés à la mesure emblé­ma­tique de la réforme, le report de l'âge légal de départ, même s'ils pensent qu'elle sera mise en œuvre in fine.

Cette sixième journée depuis le début du mouvement de contes­tation marque le lancement ou la poursuite de grèves recon­duc­tibles dans plusieurs secteurs, des trans­ports aux raffi­neries en passant par l'énergie, le commerce ou les déchets.

Coupures sauvages

Dans l'éducation, des blocages ont eu lieu dans des univer­sités et lycées, et le ministère a fait état de 32,71% d'enseignants grévistes. Le Snuipp-​FSU, premier syndicat du primaire, a recensé 60% des ensei­gnants de collèges et lycées grévistes.

Le secré­taire général de la CGT Energie, Sébastien Ménesplier, a prévu une "semaine noire" dans le secteur, avec des baisses de production princi­pa­lement dans le nucléaire.

A Boulogne-​sur-​Mer et dans les communes alentour, des coupures d'électricité "sauvages" ont eu lieu dans la matinée, touchant jusqu'à 4.000 clients Enedis, a indiqué le distri­buteur d'électricité à l'AFP.

Les expédi­tions de carbu­rants étaient bloquées mardi matin à la sortie de "toutes les raffi­neries" de France (TotalEnergies, Esso-​ExxonMobil et Petroineos), selon le syndicat CGT-Chimie.

Et dans le gaz, trois des quatre terminaux métha­niers que compte la France ont été mis à l'arrêt pour "sept jours" lundi par les syndicats.

Les éboueurs sont également appelés à la grève recon­duc­tible par la CGT. Et trois usines d'incinération à proximité de la capitale (Ivry, Saint-​Ouen et Issy) étaient bloquées.

Fait peu courant, la circu­lation fluviale sur le Rhin était à l'arrêt en raison des blocages de plusieurs écluses.

La semaine sera émaillée d'autres mobili­sa­tions, en parallèle des débats au Sénat où le gouver­nement compte sur l'adoption de la réforme d'ici dimanche. Il envisage "un vote le 16 mars" dans les deux chambres.

"Si la réforme est adoptée, il est peu probable que la mobili­sation se maintienne à ce niveau", anticipe une source gouver­ne­mentale, qui escompte un désen­ga­gement des syndicats réformistes.

"La loi est extrê­mement impor­tante, mais la démocratie réelle aussi", a prévenu Laurent Berger, mettant en garde contre un passage en force à coup de 49.3 qui serait "une forme de blocage inacceptable".

Et pour Philippe Martinez, un texte "qui est voté par des parle­men­taires mais qui a une telle désap­pro­bation dans l'opinion publique" n'est pas "valable".

Face "à la situation de blocage", Emmanuel Macron doit "trouver une sortie par le haut", "ou bien une disso­lution" de l'Assemblée nationale, "ou bien un référendum", a plaidé Jean-​Luc Mélenchon (LFI) à Marseille.

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